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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 22:03

 

Le ciel s'est obscurci et de grosses gouttes nous ont précipité sous le chapiteau du cirque Romanes.

Nous pénétrons dans un espace intemporel, celui de Gelsomina de Fellini, du temps des gitans de Kusturika. La scène est remplie de matériaux divers, en bois, en métal. Plaques, chaises, casseroles et chat. Il est sagement tapis sur un coussin de sable.

Les bancs en demi cercle autour de la piste , montent en gradins. Ils sont d'une peinture rouge usées par tous les passages de spectateurs. Au dessus de nous, le point culminant des toiles tendues, où se dessine une étoile. Un trapèze suspendu. Quelques gouttes de pluie se glissent et perlent scintillantes sous les spots.

Des chaussures sont disposées sous des gradins. Des bottines blanches et noires. Des low boots rouges et noires. Des babys à talon, à paillettes.

Le cirque c'est la couleur et la brillance. 

Alexandre Romanes, le maitre des lieux, fait sa présentation avec sa décontraction habituelle. Il est chez lui avec sa tribu féminine de 5 filles, ses 19 chats, mais un seul est présent  ce soir, " Cocotte". Il rappelle le côté sauvage de ce félin. Il nous parle aussi de son parcours singulier, tzigane venu d'Inde, imprégné d'une vie nomade. Il a aussi la facette d'un poète. Il aime par dessus tout la langue Française et critique acidement les anglicismes trop fréquants à son goût. Avant que notre langue disparaisse, il écrit de la poésie et a eu la chance de croiser Jean Genet. Il glisse qu'il est édité aux éditions Gallimard. Il ne gâche pas une miette de la soirée.

Mais ce soir, il invite un artiste croisé lors de ces voyages, Israel Galvan. Le grand danseur de flamenco contemporain. Il nous parle de l'enfant qu'il a été , dés son plus jeune âge entouré par la danse puisque son père est connu dans ce domaine. De l'origine de son prénom, Israel, choix de sa famille très croyante. Alexandre est bavard.

De l'ombre, Israel arrive, accompagné d'un guitariste. Ils portent tout deux des chapeaux du 19 ème siècle, haut de forme et melon. Ils signent l'accent burlesque qu'ils veulent developper devant nous. Il y a des enfants dans la salle. S'attendent ils à un spectacle de cirque?

Israel Galvan entre en ange noir gracieux. Ses bras sont ses ailes, et nous sommes attentifs au moindre de ses mouvements, jusqu'au bout de ses ongles peints. Nous n'entendons pas de bruissements, mais des sons hauts et forts de talons qui claquent. Est il homme? Centaure? Son regard porte sa joie dans son intensité. Ils nous regardent, dans sa concentration joyeuse. Il est tout près. J'ai presque une envie de le toucher, pour lui essuyer le front. 

Il est sur la piste, en animal haletant. Il est retourné à ses origines, dans une cour de récréation, où il joue. Il nous offre son corps vibrant, la force de son énergie appliquée et vivante.

Le cirque Romanes est devenu son écrin, pour laisser glisser ses doigts, claquer ses pieds d'équidé. Il nous surprend par la modernité de ses rythmes et de ses gestes. Nous quittons l'Espagne traditionnelle pour voyager dans tous les continents. Une ambiance de corrida se fait entendre. Nous sommes dans une arène.

il se fait entarté, comme dans un sketch de clown et ne prend pas le temps de nettoyer son visage. La crème va se fondre avec sa sueur, en émulsion, à l'image de ce qu'il nous livre. Il retrouve son essence propre d'artiste Flamenco.

Il est accueilli par cette famille de cirque dans toute sa  simplicité. Il croise les filles d'Alexandre Romanes, celle qui jongle avec son amoureux, une belle trapéziste aux cheveux qui se confondent avec le long draps rouge dans lequel elle évolue dans les airs, une autre qui fait du Hulla hoop, et une reine au corps chaloupé qui partage quelques pas du haut de ses talons à paillettes. Pour finir une petite fille de 3 ans environ, qui vient présenter sa souplesse d'enfant. Un show familial.

Israel Galvan, s'est livré, comme un enfant le fait, spontanément, dans le plaisir de l'instant, dans sa grâce intuitive. Il joue en tandem avec un homme longiligne à la voix profonde Flamenca. La voix de son âme?

Un moment doux et chaleureux.  La pluie a malheureusement écourté la soirée. Le public est reparti rapidement se mettre au sec. Les artistes ont regagné leurs caravanes. Chacun a gardé sa part de rêve de la soirée.

Sylvie Lefrere

Gatomaquia. Israel Galvan et la famille Romanes à la Villette.19 septembre 2020.

Jusqu'au 27 septembre 2020

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