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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 20:53
Les émotions des spectateurs sont sans limite, comme celles de la folie.
Une pulsion m'a guidée jusqu'à la Comédie de Valence. Comme si je savais déjà que la soirée serait gravée.
Rien ne sera plus pareil dans ma vie de spectatrice. J'ai été témoin d'un spectacle vivant, celui ou on vibre tout le long. Du souffle de Pipo a 
la fragilité d'une danseuse.
Le contexte de crise accentue la force de la présentation. Pas de grosse batterie pour dessiner notre Europe ...
Tous nos sens sont stimulés. La musique d'opéra, au quelle je suis si peu sensible d'habitude, m'habitera au point de nous faire tous lever, 
comme en Italie. Nous sommes réunis dans le même voyage.
La poésie des mots nous est exposée, martelée,Hurlée, pour nous traverser et se stocker au plus profond de notre moelle.
Les langues se font échos, dans le respect de leur origine. Leur musicalité se croise en spirales, avec les notes du violon de cet homme au chapeau.
La mélancolie de l'exil, du rejet, de la violence des actes barbares, de guerres, de morts nous aveuglent et on se sent enfonce dans nos sièges.
Impuissant dans ce monde qui ne dépasse pas le moindre  respect des droits de l'homme.
Jusqu'à quand allons continuer de supporter cet état de fait?
La vidéo nous portent des images qui nous noient le fond de l'oeil .La mer, la
terre, nous renvoient a l'essentiel.
J'ai envie de poser un jeu de marelle et de sauter étape par étape vers le
paradis ; de faire des allers et retours vers la terre, sans cesse , en lien.
Pipo nous a relié ce soir dans ces arts hybrides.
Le mouvement du corps pèse aussi lourd que notre mental."Bougez vos culs" nous
dit-il. Et bien , oui, j'ai eu envie de le suivre dans ses déliements corporels,
partager son bien être. Mon siège devenait trop étroit. Les mouvements 
dans la salle, les adresses au public, m'ont intégré dans le plateau.
Chaque fragment  m'obligeait à avancer mon corps, pour être au plus prêt.
Les salves sur les mères m'ont fait l'effet d'uppercuts. Ma vie d'enfant, de
jeune fille, de femme a défilé en quelques minutes. Qui suis je ? Je m'inscris
dans toute cette histoire humaine, citoyenne, Européenne.
Les tremblements de la danseuse couleur de terre, m'ont submerge. Son corps
massif exposait toute la fragilité , la terreur, jusqu'à l' envie de déféquer,
en représentant la métaphore de nos combats.
La rencontre de la folie peut nous sauver. Osons sortir de cette représentation
de blockhaus de métal, dont les lourdes portes de notre histoire nous claquent au
nez.
La barbe! Ouvrons ces tunnels de lumière d'où peuvent émerger nos rêves , nos
passions, nos idéaux.
J'aimerais un jour , pouvoir sous un porche, comme Pippo, rencontrer l'élément
qui va me sauver.
Les goûts de la  chair et du métal se mêlent dans cette" Battaglia" et 
nous poussent à bouger dans nos corps et nos âmes, en profondeur.

dopo-la-battaglia-300x300.jpg

Sylvie Lefrere.
"Dopo la battaglia" de Pippo Delbono, le 3 Avril 2012 à la Comédie de Valence.
Par ventdart.over-blog.com
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