Partager l'article ! La cour dans tous ses états: Le palais ...
Le palais des papes est plein pour cette première représentation. Les trompettes résonnent sous les gradins, et réveille nos émotions de festivaliers; les spectateurs se pressent, se serrent la main ou s'embrassent au hasard des rencontres.
Je suis bien entourée ce soir: Amis, familles, journalistes, ministre de la culture, comédiens, couturier , tous ensemble spectateurs.
Nous allons avoir tous les sens sollicités.
Dés les premières minutes, le plateau est envahi d'une valses de chaises, glissant à toute vitesse. Ce siège va téléporter notre esprit à différent niveau. Nous allons traverser le temps; La quete d'un écrit sur Ponce-Pilate va nous faire naviguer dans les époques du christianisme , de la Russie de Staline, de la guerre de 40 ...
Le tout relié par l'écran. La connection à notre époque; et en parallèle au rêve.
Le mur du palais des Papes se transforme en gigantesque google earth qui nous aspire, nous écrase.Une métaphore de nos addictions de recherches incessantes; toujours plus, toujours plus loin...
Il devient l'écran géant d'images subliminales, notammant celle du christ, qui prend une dimension esthétique fascinante.
les écrans sur les cotés me donnent une vision à facettes de mouche , élargissent le champs de mon regard après un temps d'adaptation.
L'accent des comédiens et la force des mots , bientot, m'emportent. Leurs corps prennent une dimension 3D dans mon esprit.
Joseph me renvoie à l'image de Freud, le Satan à un homme de la Gestapo, le maitre à un Frankeinstein humain et fragile, Marguerite à une douce Louise Brooks poétique, le chat à un Alien Sarkoziste et son acolyte chapeauté tout droit sorti d'Orange mécanique...
Dans cette voie lactée, je me sens fragment de la partition. Ma mémoire se réveille dans cette quête et ces peurs.
Mon estomac se noue comme avant un saut au dessus du vide; Le texte , les comédiens sur le plateau, l'image m'envahissent dans une vague qui me ballote dans mes états d'âme.
Quelque soit le contexte, les doutes, les tiraillements vers des amours impossibles, les engagements se répètent. Aucune règle. Pas d'erreur, tout est réglé comme dans un bain mécanique.
Je suis à fleur de peau. Le moindre mouvement de mon voisin me secoue. Mes émotions me submergent; je me sens toute petite dans une angoisse enfantine. J'y entrevois un passé historique et un avenir incertain.
Simon Mac Burney devient le magicien d'un soir. Le public est dans un calme religieux. Nous faisons corps. Collectif pris dans sa toile en projection recto verso. Happé dans la dynamique de l'action qui nous tient. Complices...
Rien qu'en écrivant, les larmes remontent, sans que je puisse expliquer pourquoi. Cette pièce est tellement sensitive que j'ai du mal à en parler. Elle va faire son travail intérieur d'habitation de mon patrimoine .
L'achat du texte me servira peut etre d'éxutoire ...
Sylvie Lefrere.
"Le maitre et Marguerite" de Mikhael Boulgakov. mis en scène par Simon Mac Burney. Cour d'honneur du palais des papes au festival d'Avignon, le 7,8,10,11,12,13,15 et 16.07.12.