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Jeudi 26 avril 2012 4 26 /04 /Avr /2012 20:40

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Du plateau sombre, une voix profonde  monte, accompagnée du son d'une guitare qui lui fait écho. Est ce un enregistrement? Qui chante donc ? Un homme ? une femme ? qu'importe; seule, on distingue une forme , dont découle une émotion vocale.

Nous sommes au début de ce spectacle, projetés au coeur de notre civilisation. En 1h et quart, nous allons suivre l'intensité d'unvoyage dans le monde des vivants et des morts, où nous invite un sculptural Baron Samedi, père spirituel.

Dans cette période de repli sur soi national, on nous invite à suivre l'au delà du pays Vaudou et à quitter notre pays matérialiste, pour prendre du recul, et chercher à mieux décoder nos systèmes.

Depuis dimanche soir,1er tour electoral, je ne sais plus dormir sereinement , je fais des cauchemars .Dans la journée je suis épuisée, "au bout du rouleau". Mais cette pièce va me donner une nouvelle énergie.

Chaque danseur se campe dans une personnalité forte , entre la différence des genres, tout se mélange. C'est un bouillonnement de richesses multiculturelles. Nous traversons le globe entre le Brésil, Haiti, les Etats unis, l'Espagne...

Les langues d'origines claquent comme des fouets, les corps en chair, musclés ou fins, chaloupent en harmonie. Les volutes de la  séduction, les secousses de la révolte ou de la transe s'expriment librement.la mémoire de l'esclavagisme et du colonialisme transpire.

Les hommes , les femmes, mammifères, deviennent caméléons, tels  des galinacées ou des reptiles.Parades de séduction, de pouvoir, de prise de territoire...

Mes larmes coulent quand les danseurs se masquent d'un sac de tissu blanc, troué au niveau des yeux et de la bouche...Je pense au Ku klux klan, aux masques blancs, ou à nos propres visages, dans lesquels nous pouvons etre figés dans nos valeurs identitaires, sectaire; je vois des hommes qui grimacent, "des monstrueux". Certains partagent dans un meme sac/masque. Meme pensées, meme visage double, fossilisé .

J'y vois des condamnés à mort, des humains perdus , aux abois.

Les chants des danseurs , les cordes des instruments , pulsent d'une belle énergie ce voyage dans notre monde, violent, étriqué alors que la liberté peut encore se saisir dans ce parcours Vaudou, entre le monde des vivants et des morts dans lequel Baron Samedi nous orchestre.Mais où sommes nous? dans quel monde? Là où les coeurs battent , ou là où les corps sont glacés?

Les chants de West Side story émergent, les claquements de doigts rythment les étapes. Le travail, le désir des corps , mais aussi les violences et les abus qui lui sont infligés. Le voyage dans le temps continue dans un compte à rebour .

De retour de Berlin depuis peu, cette musique de Kurt Weiil résonne d'autant plus dans ma mémoire. Lili Marlène et des chansons des années 40, pleines d'émotions, comme "Surabaya Johnny", decouvert il y a longtemps à travers l'expression sensible  d'Anna  Prucnal, "Alabama song"... L'amour, la disparition,nous  accompagnent . Quête perpetuelle  des sentiments humains. Les rencontres,greffent des reflexions qui  ouvrent les chemins vers la resilience.  

La pente douce et blanche qui barre le décor devient piste  pour glisser, virevolter, grimper, jouer, se cacher.Les mouvements explorés nous renvoient un écran métaphorique . Tous nous appartiennent et nous donnent un socle commun, où nous nous rejoignons.

Le personnage de la prostituée nous réunie dans des surenchères de désir de pouvoir. Toujours plus détenir.L'institution est représentée, étiquettée dans ses fonctions de juges,d'avocat, de témoins....Le musicien , lui ne compte pas. L'artiste est jugé comme ayant un role négligeable, pourtant sa musique nous reste gravée dans nos mémoires et chemine tout au long de notre parcours.

Deux pas en avant et trois pas en arrière ...Salut tremblé, pour le général De Gaule, d'une des danseuses. Et ce lundi, on entend des mots dans les médias, proches du maréchal Pétain, sur les valeurs du Vrai travail.... Nos modes de fonctionnement restent encore et toujours trés rigides. Où est la dynamique , la pensée? Baron Samedi, nous rappelle vers nos esprits, pour que nous  implorions le changement de paradigme,  et ensemble bravions l'histoire pour le retour d'une véritable démocratie.

Dans cette salle, toutes générations confondues, nous étions tous citoyens cote à cote, tournés vers la richesse cosmopolite.

 

Sylvie Lefrere.

"Baron Samedi" d'Alain Buffard au théatre de Nimes le 24 et 25 avril 2012.

 

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