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Jeudi 19 juillet 2012 4 19 /07 /Juil /2012 08:23

C'est déjà la dernière représentation pour découvrir le travail de Chantal Loyal à la Chapelle du verbe incarné. A Avignon, une vigilance s'impose , car certaines compagnies ne se produisent pas pendant toute la durée du festival.

Cette histoire  de Vénus , elle m' est apparue, tout d'abord, au cinéma; Les débats étaient alors  très  controversés.

Vénus-hottentote-3

Chantal Loial, nous offre sa version, dans une représentation chorégraphique généreuse.

Je la découvre avec un grand plaisir. Elle est là, dressée devant nous. Tout simplement belle. la  musique classique semble glisser sur  les courbes de son corps. Dés les premières minutes , elle se révèle dans ces traits. Face au souvenir du travail de Nacera Belazza, qui m'avait écrasé dans l'obscurité quasi totale et la linéarité , là  je retrouve la lumière et l'empathie.

Le visage de Chantal est lumineux, comme une madone; ovale lissé, entouré d'un turban blanc. Elle nous livre la représentation de la beauté de la femme dans son origine . Le don de soi transpire dans ses mouvements de port. Enveloppée de coton, elle porte, conduit, nourrit, englobe ceux qui l'entoure de ses grands bras.

Elle fait glisser ses volutes charnels et se transforme en paysage, en vallées et  en montagnes puissantes, que nous allons parcourir, de long en large, comme dans une  belle randonnée.

La  fluidité s'installe. Traversée de rivières, difficultés suivant la qualité des pentes. Mais à son sommet, on y respire , libéré.

Chantal nous fera vibrer dans ses émotions , ses chemins, ses rencontres douces ou violentes...ses guerres aussi.

Seul un gant rouge, gainé à son bras et la grâce apparaît; Mais nous sommes  vite rattrapés par la violence qui envahit le plateau. La montagne devient alors un lieu de danger et de souffrance. La chevelure se dévoile , et les fines nattes jaillissent, dans des sursauts pour survivre.

Un crane magnifié dans son cercueil de verre lumineux, nous rappelle la mort des populations, le pays dévasté. Je repense aux oeuvres vues à Venise, de la collection de crânes  de François Pineau...Celui confectionné de mouches, ou celui de diamants...

Le geste de transporter, de main en main, dans le public, cette précieuse boite, nous fait  toucher du doigt notre conscience.Nous devenons des passeurs; Dans nos modes de communication, nos actes, nos vécus.Telle une luciole dans la nuit des gradins, l'Afrique, lieu de transmission orale, chemine sur nos genoux. Mais c'est aussi le berceau de l'humanité, à travers l'image de cette Lucille, réduite à ce crâne brillant.

La lumière s'abaisse, et nous fait rentrer dans une nuit claire, comme un soleil de minuit.  Trés pudiquement, la danseuse nous laisse entrevoir le bas de ses reins;  sa pleine lune apparait, nous invitant à la méditation sur ce que nous venons de partager à travers elle.

Son corps est comme un grand réceptacle d'émotions du souvenir . Le continent Africain se révèle dans tous ses reliefs géographiques, et humains...

Cette réflexion est réveillée par un clin d'oeil d'expressions, jetées par un sourire en coin de Chantal qui finit en pirouette.

Le voyage est terminé. Le jeu des mots emporte notre rêverie, autour du mont Vénus.

 

VenusNoireBD.jpg

 

Sylvie Lefrere.

"On t'appelle Vénus"de Chantal LoÏal, compagnie Difé Kako.

Chapelle du verbe incarné au festival OFF d'Avignon du 13 au 16.07.12.

 

 

 

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