Partager l'article ! Un voyage initiatique: Le martèlement des tennis sur le sol rythme les premières minutes de "Pacamambo", joué par la compagnie Méh ...
Le martèlement des tennis sur le sol rythme les premières minutes de "Pacamambo", joué par la compagnie Méhinas et 7ème ciel, d'après un texte de Wajdi Mouawad.
Marion Duquenne,est Julie, jeune adolescente tempétueuse, face à une psychologue qui essaye de la faire parler sur un évènement singulier: Sa disparition pendant 28 jours...Face à un discours institutionnel et normé d'adulte étriqué, cette jeune fille va nous faire découvrir son univers de Pacamambo, monde extraordinaire décrit par sa grand mère, de son vivant. Ce conte va dérouler l'amour de cette petite fille et engager, jusqu'au bout, sa quête de recherche de sens. Un parcours initiatique, accompagné par son tendre ami, le chien, qui nous donne une pointe d'humour , respiration souriante sur notre visage où se creuse les sillons des larmes.
Wajdi Mouawad aura secoué mes souvenirs régulièrement dans mon cheminement de spectatrice, comme dans un jeu de 7 familles. Après mes larmes sur Littoral autour de l'image du père, incendies, la fratrie et foret , la mère, voici la grand mère ....Voilà comment le théâtre peut faire ressurgir des émotions, pourtant enfouies depuis si longtemps?
Le décor d'un lit de cuivre interchangeable semblable à" l'apprentie sorcière", nous ramène à nos souvenirs d'enfants. Cette pièce s'adresse au jeune public à partir de 9 ans mais les adultes y sont plongés instantanément. Le spectateur ne se cloisonne pas dans un circuit bien défini et tout reste ouvert.
La lune va donc emporter cette grand mère et laisser Julie seule avec ses incompréhensions. Extraordinairement, le tandem enfant et animal de compagnie va batailler pour accompagner dignement cet etre aimé, dans un véritable travail de deuil. Ils vont prendre des risques, jusqu'à se frotter à la mort elle même.
La poésie des mots justes de l'enfance se confronte au monde déshumanisé des adultes.
Cette grand mère va être choyée, comme de son vivant, parfumée, maquillée. Le battement chaleureux du coeur du chien sera la pulsation dynamique. Quand on est seul et petit, le privilège de la relation , souvent imaginaire, réconforte. Sans part de rêve, qui serions nous?
Ils seront calfeutrés pendant 28 jours dans cette cave . C'est la même durée que le festival...Ici aussi, en tant que festivalier, on se sent un peu dans un milieu confiné.On se fabrique un espace, un parcours qui nous ressemble.
La programmation du spectateur du Off est un voyage initiatique qui couvre le contour de nos paroies intérieures, se glisse dans notre lobe droit et agit lentement dans notre grandir.
Sylvie Lefrere
"Pacamambo"de Wajdi Mouawad. Compagnie Méhinas et 7ème ciel à l'Entrepôt, du 7 au 28.07.12 au festival OFF d'Avignon