Échanges autour de différentes formes d'arts.
vendredi soir inespéré ,car la grippe a failli compromettre ce spectacle...Mais la vitalité est revenue à temps!
Nous sommes au balcon, face à la scène.La salle est remplie de parents venus avec leurs enfants. Le bruit ambiant nous rappelle cette soirée jeune public. Puis le silence s'installe pour découvrir des personnages qui sortent d'une plate-forme qui vogue sur les flots sombre d'un tissu.
Ces personnes ont un coté mort vivant , mais se révèlent vite, en dévoilant leur vrai visage, les masques tombent, les membres aussi, puis se réparent ou sont jetés...Une main se transforme en livre. un autre membre est incontrôlable, agit comme une machine. Cela nous renvoie à nos modes de fonctionnement.
Ces hommes sortant de leur cachette , ressemblent aux hommes d'aujourd'hui ,morcelés ,sans visage; La rencontre avec l'autre ouvre enfin l'expression et les mouvements du corps.
Les personnages féminins présentent des corps avantageux mais dés qu'on les touchent ,les beaux effets s'évaporent et le phantasme disparaît. Les etres se séparent et plongent ou sont avalés par cette immensité satinée.
Un carton s'ouvre et le monde du plastique apparaît.Nous ouvrons une autre ère.
Après l'aquatique, l'ère de la transparence,dans sa brillance et ses filaments. les plastiques virevoltent ,se collent sur les comédiens qui s'en jouent pour jongler,les tiennent en équilibre .Notre vie ne tient qu'à ce petit bout de plastique?...Ils se le jettent à la figure,se le crachent,se le stockent . Ils sont multi-usages :la représentation de notre identité quand le contrôleur demande les papiers d'identité, la carte de passeport, puis la carte de piscine,puis de l'origine de l'arrière grand père...On met le doigt sur notre contexte sociétal.
Un homme court avec une valise .Il est entouré de billet, ,"Monney" ce qui nous fait courir sans cesse.
Puis nous valsons dans cet univers scintillant pour changer encore d'ère.
Celle du désert où les genres se rencontrent, filles, ou garçons.puis les bébés , pleins de bébés en plastique qui sont bercés, pondus, collés, regroupés. C'est hilarant. Le baby boom de 2000 sous nos yeux. Des bébés lumineux. Les descendants pour aborder ce nouveau siècle.
Toutes sortes de trucages, de jeux de corps, de boites , de chants, nous entrainent de ce désert , vers la dernière ère, celle du papier; encore un support en danger.
Le papier, notre enveloppe. Quelle beauté quand les comédiens partent dans une grande ronde internationale ,avec des phrases en toutes langues, avec ces feuilles de kraft qui se sculptent et les transforment en oiseaux qui ouvrent leurs ailes pour s'élever; ce kraft qui collent aux pieds pour mieux patiner et évoluer. Leurs corps moulés au sol sont comme des corps charnels dont les âmes se sont évanouies.
Puis comme des enfants qui détruisent leurs châteaux de sable,ils sautent dessus . Détruire pour mieux reconstruire.
Une marionnette vient clore ces passages . Elle referme cette vision de l'homme d'aujourd'hui qui se détruit à petit feu dans ce tourbillon effréné. Il fini à nu. A nous de prendre soin de soi et des autres.
Voyageurs immobiles ,nous sommes , si nous restons dans la passivité.
En quittant le théâtre je me sens un être vivant spec-acteur dans notre société. A nous de mettre toute notre énergie pour accompagner le changement nécessaire,vers un autre paradigme.
Et quelle force pour un spectacle jeune public! qui est le directeur de théatre qui a barré le jeune public de sa programation?
S.Lefrere
"Voyageurs immobiles" de Philippe Genty au théatre de sète le vendredi 28.01.11