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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 21:07

Le plateau est noir. Un éclair blanc fait jaillir quelques secondes le décor. A droite une silhouette féminine, chemisier clair, pantalon marine, chaussures sombres dans l'esprit Repetto. Une élégance sobre éclate puis disparait sous les spots. Au centre un clavecin en bois clair aux lignes pures et dépouillées. La lumière se fige. Elle est face à nous dans une posture tenue, le bras replié, la main sous le menton, parfois réunie avec la deuxième main, éclairée en Madone. Elle va nous dérouler son histoire, à chaque étape par un éclair, réveil de conscience. Elle, c'est Emmanuelle Hiron, la quarantaine, qui campe la représentation de la mère, pharmacienne, notable de province. Elle porte sur ses frêles épaules le texte de Marine Bachelot Nguyen. Les mots se détachent entre ses dents et défilent dans un chapelet d'émotions qui nous relient aux sentiments de déjà vu dans sa vie personnelle, déjà vu dans son entourage. Le texte nous baigne lentement dans une culture commune, des représentations familiales, sociales, et nos yeux se retrouvent rapidement submergés.

L'origine du monde qui influe sur le devenir de ce petit d'homme. On dit sorti du ventre de sa mère mais pour quelle voie? Et qu'est ce qui va en découler? Le bébé passe dans le labyrinthe des voies internes, sorte de grand huit aux sensations fortes. Ou sort du ventre du loup, trou béant ouvert en césarienne par un chasseur. La complexité de la parentalité est la vague maritime qui est venue lécher la grève du territoire humain. 

Emmanuelle nous confie son journal de bord intime. Elle pilote le quotidien de son foyer, dans la belle ville d'Anne de Bretagne,  Nantes. Elle est attentive à ses deux rejetons, aimante, prévenante, présente. Son mari mène sa vie entre deux rives, celui de son officine et de sa maison. Il vit à côté d'elle, pas avec elle. Il vit à côté d'eux, pas pour eux. Il est sur son île, à part.

Emmanuelle a des épaules fines mais puissantes. Elle porte cette petite famille, et dans ses percées de temps libres, elle s'engouffre à la messe où bientôt, en lien avec la bourgeoisie locale, elle va s'engager dans une lutte politique. Elle sera leader, poing levé dans les manifestations. Elle sera cette Marianne des temps modernes, active sur tous les fronts. Elle représente à elle seule ces valeurs familiales qui tentent de perdurer dans cette société cloisonnée. Sa foi va la porter vers d'autres luttes, celle du genre. 

Tournée vers l'extérieur, elle sera rattrapée par sa propre histoire et se retrouvera prisonnière de sa cellule familiale.

Emmanuelle est digne. Emmanuelle est forte. Emmanuelle est belle. Elle a ce corps esthétique façonné par ses vécus joyeux et vivants. Sa foi l'épanouie, mais la vague de la tempête gronde et va la rejeter sur le sable. Elle sera à terre, noyée par ses émotions, les bras en croix. son corps nous parle. Ses convictions ne sont pas forcement les nôtres, mais ses expériences, son cheminement, peuvent être familiers.

Dans ce monde d'aujourd'hui, ponctué de guerres et de tsunamis, dans des villes, des provinces, des chaos intimes se jouent.

Emmanuelle ne fait pas semblant. Elle nous livre ses propres larmes pour mieux nous rejoindre dans la pudeur des sentiments, comme pour se protéger de l'horreur et de l'injustice de la vie.

Sylvie Lefrere

" Le fils" de Marine Bachelot Nguyen. Compagnie l'Unijambiste, à la Manufacture festival OFF d'avignon du 6 au 26 juillet 2017

 

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 15:16

En cette année 2017, Le festival d'Avignon est revenu susciter ma curiosité. Ces trois premier jours d'ouverture de l'évènement  sont si agréables. Nous sommes quelques uns à errer dans les rues, dans un état de réveil après le demi sommeil qui nous a envahi dans le cours de l'année. Les pieds dans les startings blocks du marathon Avignonnais, devant les théâtres ou les salles improvisées pour l'occasion. Nous avons le plaisir de retrouver les petits plats de Françoise sans faire la queue, de s'installer facilement sous les toiles tendues dans la cour de la Manufacture, de se rafraichir les orteils dans la fontaine Mauresque du patio du théâtre des Doms, de savourer tranquillement la mousse au chocolat de chez Marcel et Ginette etc... Tous nos sens sont en éveil, et nous prenons le temps de découvrir le recueil du festival Off, lourd bottin qui use annuellement nos épaules. Chacun est créatif dans son organisation, planning imprimé, petits carnets manuscrits, notes sur les flyers...

Les " Tracteurs" nous abordent. Chacun y va de son petit laÏus, et nous sommes à l'écoute suivant la séduction de leurs paroles. Nous sommes spectateurs, amateurs de différentes formes artistiques, amoureux de la langue, de la danse, de la musique, et nous avons le choix du roi. Sans modération et sans consommation, nous nous jetons à corps perdu dans ces salles obscures, grottes rafraichissantes où l'inattendu se joue.

2017, sera pour moi une année sans IN, car  sans réservation à l'avance, je suis OUT. Après toutes ces années dans les lieux du IN, je ne regrette rien car j'ai été trop souvent déçue, notamment depuis 2014...

Je suis allée confiante au théâtre des Halles, à La Manufacture, A la Condition des soies.

Alain Timar, metteur en scène, et directeur du Théâtre des Halles, nous présente le texte  marquant de Bernard- Marie Kholtès, " Dans la Solitude des champs de coton". C'est devenu un classique, mais on ne se lasse pas de cette écriture. On se souvient encore des grands corps de Patrice Chéreau et Pascal Gregory, en fermant les yeux, et de leur danse sur la musique de Massive Attack " Karma Coma"... 

Alain Timar est un artiste qui aime la matière et l'engagement  des comédiens. Il les inscrit  dans un duo frontal, où leurs gestes dessinent  des courbes qui englobent les désirs développés. Nous serons témoins de leur transformation. Le choix de l'argile pour recouvrir leur visage contribue à renforcer leurs expressions. Ils touchent l'esthétisme d'Ousmane Sow. La matière liquide devient sèche et marque les rides, métaphore du processus de changement. Les deux acteurs évoluent dans leurs états, leur affirmation de soi, respectueux l'un de l'autre. Ils cherchent à goûter leurs idéaux, prendre des risques et satisfaire leur soif de liberté.

A la terrasse d'un café, une  jeune fille nous tend une carte postale. Elle représente dix personnages, dont les 9 féminins ont leur visage recouvert de leurs longs cheveux, ne laissant pas apparaitre leurs traits d'adolescents. Elle nous décrit en quelques mots le spectacle pour

lequel elle nous sollicite. C'est noté, on y sera le soir même! Dans la salle donjon de La condition des Soies, nous allons pénétrer dans l'univers tonique de ces jeunes personnes.  Elles sont majoritairement féminines dans cette classe de Terminale, et dévoilent chacune leur personnalité, leur rage, leurs questionnements et leurs phantasmes. De leur grâce enfantine, elles opèrent une mutation vers la prise de pouvoir. Elle quitte leur image d'agneaux pour devenir louves... La vivacité de leur jeu nous entraine dans leur monde interactif joyeux et grave. Cette troupe nous connecte à leurs neurones et nous donne l'énergie et le plaisir de la communication transversale. Leurs corps d'elfes sont en mouvement, signe de la tonicité de cette nouvelle génération.

La Manufacture reste un lieu de créations incontournables. Claire Diterzi nous y accueille en fin de matinée, avec une présence complice et généreuse. Elle nous ouvre sa boite de souvenirs et de projets. Sa voix de Rossignol nous hypnotise et les épisodes de sa vie  si proches nous enveloppent...

Le choc arrivera un peu plus tard dans l'après midi, sous les traits de Fantazio. Il porte un nom d'artiste magicien. Le masculin de Fantasia? Non, il est bien plus puissant qu'un simple magicien. Il a la gueule des mauvais garçons, ceux qui vivaient au siècle dernier. Son nez est celui d'un boxer. Il a le regard profond d'un enfant. Ses oreilles, s'ouvrent toutes grandes autour de son visage singulier. C'est une personnalité chaussée de godillots qui accompagnent ses pas depuis tant d'années...C'est un chercheur d'âme, un explorateur de territoire. Un musicien jusqu'au bout des ongles dans une première vie, mais que les réflexions et les mots traversent ,de parts en parts, en flèches nourricières. 

Il pose son silence, sa nervosité tenue. Nous sommes aimantés par ses moindres gestes. Sa main peut être couperet, sa voix calme peut porter haut. Les langues se brassent dans leurs variétés chantantes. Son élégance sobre s'affirme et son corps ne ploie jamais. Pourtant on devine les blessures, les cicatrices. Ils nous les dessine à demi mot. Chercheur explorateur timide envers l'autre, qui fouille dans son corps labyrinthe. Nous le suivons dans le cheminement de ses pensées exprimées à voix haute. Nous restons suspendus à ses silences, espaces libres pour nos propres réflexions, en lien avec lui. Il construit et déconstruit. Il chiffonne puis morcelle petit à petit un bout de papier, au rythme de ses bribes d'histoires. 

Il est homme éléphant, à la volonté, la force, la générosité inépuisable. Il se voit avec ses difformités, mais en réalité il doit avoir un miroir déformant, car pour nous il est beau et puissant. Il est l'artiste multiple, qui fouille en permanence à la recherche de sens et il nous offre de la vision. 

Son jeu fragmenté, en aller et retour, en mouvement, accélération ou arrêt sur image, nous fait voyager dans notre propre cortex. De nos sièges en plastique moulé, nos corps se déplient pour se lever et nous en sortons émus et grandis.

La suite de cet intense et  trop court week-end dans quelques jours

Sylvie Lefrere

 

Festival OFF 2017 d'Avignon:

- " Dans la solitude des champs de coton" mis en scène par Alain Timar au Théâtre des Halles du 6 au 29 juillet ( Relâche les lundi)

- " Parlons d'autre chose" mis en scène par Catherine Schaub à La compagnie des Soies du 7 au 30 juillet ( Relâche les lundi)

- " L'histoire intime d'Elephant man" écrit, conçu et interprété par Fantazio à La Manufacture du 6 au 16 juillet( Relâche les 7 et 12 juillet)

- " Je garde le chien d'après journal d'une création" de Claire Diterzi à La Manufacture du 6 au 26 juillet ( relâche les 12 et 19/07)

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 10:16

Ils sont treize. Des hommes, des femmes, d'âges mûrs. leurs corps sont encore agiles. Leurs gestes précis. Leurs regards incisifs. Ils ont une élégance surannée, avec une pointe d'extravagance. Ils ont un savoir être à transmettre.

Le théâtre de Christoph Marthaler nous parle de celui de demain. Il se rapproche des codes de langage de Pina Baush. Il frôle l'univers d'Alain Platel. De "Café Muller" à "en Avant Marche! "nous avons fait du chemin... Et si le théâtre n'avait plus rien à nous dire? et la danse aujourd'hui, où en est- t'elle? Ici les corps ont pris tout l'espace, mêlés à la voix pour développer une véritable adresse, là où les mots restent superficiels et désespérément vides. Le retour au sens est joué devant nous. Nous sommes face à la force du corps théâtral.

Les comédiens se présentent tour à tour, individuellement. Nous nous devons de les découvrir. De leur emballage à leur épanouissement. De leur solitude au collectif. Les boites et les chariots sont leurs chrysalides. Ils arrivent, en paquet noué, carton fermé. Poupées entourées de leur papier de soie ou de leur papier bulles. Ils sont oeuvres d'art fragiles, transportées pour être exposées. Immobiles ou animées, nous les décortiquons sous tous les angles.

Nous sommes guidés par le magasinier. Personnage fantasque à l'autorité certaine. Les poids deviennent légers entre ses doigts. Ils est le géant gracieux qui relie les douze autres personnages. Ils sont tous beaux et grands dans leur singularité. L'esthétisme trouve sa place dans la différence de caractères. Notre regard prend un autre tournant. Au détour d'une porte qui s'ouvre, nous ne voyons plus seulement une belle plastique apparaitre. Nous observons l'individu dans ce qu'il est , ce qu'il a à exprimer. De la sagesse à la folie. De la norme à l'ouverture. Et tout peut disparaitre par une petite fenêtre en une pirouette!

Le mouvement de l'ascenseur agit comme une petite sonnette. Rappel que les formes descendantes ne fonctionnent plus. Elles peuvent rester dans leur coin. La turbine d'un gros ventilateur  aspire vers un air  nouveau vivifiant. Une sirène retentit dans les notes d'un violon, se mêlant aux sonorités d'un orgue. Après leur déconstruction, les cordes et les vents se rejoignent, embarcations pour l'avenir.

Christoph Marthaler dessine un opéra grandiose, dans un espace épuré. Loin du monde artistique clinquant, Il nous fait avancer pas à pas, à travers ses poupées, oeuvres charnelles incarnées, qui bousculent les oeuvres plastiques. Il anime tout. Leurs corps exploitent toutes les surfaces, de haut en bas, du sol au mur, pour nous rendre attentif à notre environnement.

Les traces des oeuvres restent en souvenir, marques blanches sur de grands murs poussiéreux. Nos treize personnages, apôtres du 21ème siècle, nous ouvrent les yeux. Ils cherchent, ils se mettent en lien, ils créent. De l'inertie individuelle, l'énergie réapparait en force vive collective.

Le public rit ponctuellement devant la fantaisie, mais petit à petit il pénètre dans la philosophie poétique du monde désiré pour demain. De nos nombrils retrouvons la force de nos élans. 

Pour habiller ces corps, des chants montent, religieux, enfantins, militaires. Les musiques de Verdi, de Mozart, tintinnabulent à nos oreilles. Des rappels à notre histoire, à nos origines. Ses notes nous touchent dans ce que nous sommes. Chaque spectateur, nous nous plongeons au plus profond de nous. D'où venons nous? Pour aller où?...

Ce soir, Christoph Marthaler nous a réveillé tendrement. Nous sommes allégés du poids de nos chaussures plombées pour repartir pieds nus et marcher vers de nouvelles perspectives. Tant de choses restent à faire...Les systèmes anciens sont usés. A nous de nous en saisir!

Sylvie Lefrere

" Sentiments connus, visages mêlés" de Christoph Marthaler. Le 30 juin et 1er juillet 2017 au Printemps des Comédiens à Montpellier

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 22:54

Elles arrivent triomphantes. Grâce de majorettes, menton levé en braves petites conquérantes. Chaque pas est rythmé par des sons de clochettes, écho bourdonnant aux prières bouddhistes et aux valeurs humanistes.
Roméo Castellucci fait une nouvelle foi(s) référence à notre histoire religieuse. Il s’en joue comme dans une ritournelle…Le traditionalisme revient? pourquoi pas? Et si on en casse les codes habituels?
L’introduction de « Democraty in America » se déclinent en plusieurs anagrammes. Ils nous préparent aux jeux de hasard orchestrés. Nous sommes devant une habile distribution de cartes à jouer.
Concentrés, nous commençons à sourire, à percuter, à réfléchir aux différents sens trouvés, à tous les possibles qui s’ouvrent. Une vraie boite de Pandore cette « Démocratie en Amérique »! 
Et si la réalité peut être écrite autrement? En partant des cadres, des règles législatives, le metteur en scène nous emmène vers ce qui découlent, les batailles et les guerres. Les origines de l’homme, les danses folkloriques, sont les traces de nos patrimoines. La cadence ancestrale, les rondes, dans leurs mouvements, éloignent du bruit et de la violence pour nous rapprocher du monde des songes. 
Un léger souffle, et le velours rouge des robes du clergé tombe aux pieds de jeunes filles, dévoilant leurs corps de Naïades. Elles dansent les prémices de cette langue fluide, active, utilisée par les tribus Sioux. Nous sommes captifs de l’esthétisme de cette scène. Le voile tendu sur le plateau distancie notre regard et floute notre vision. Nous sommes proches du travail de peintre d’art vivant exprimé par le cinéaste Peter Greenaway. Nous glissons lentement dans cet état de veille. La temporalité est là, respectueuse de nous laisser savourer la succession de tableaux et sa symbolique. Nous pénétrons derrière ce voile ouatiné, ouvrant notre regard et toute notre attention. Nos paupières sont lourdes, à demi hypnotisés, nous sortons d’un aveuglement ambiant. Que se cache t’il derrière? Nous ne sommes plus dupes et notre clairvoyance sur notre environnement s’épanouie lentement.
Aujourd’hui quelle vision du monde avons nous? L’image omniprésente qui éclate à nous rendre voyeurs, devient ici un espace insoupçonné. Celui du processus de compréhension. A nous d’imaginer ce dedans. Rien n’est instantané. Nous imaginons découvrir le beau, réfléchir sur ce qui se joue devant nous et comment l’appréhender. 
La démocratie n’est plus celle d’origine, créé par les Grecs. Elle est balayée, mise à nue, déconstruite, chaotique, assassine…Eloignée des valeurs antiques humaines.
L’infanticide traditionnel des sacrifices, des contes, reste toujours présent. Dans ces jeux de pouvoir, les politiques sont des ogres. Ils n’oeuvrent plus pour l’avenir de nos enfants. Ils se tiennent fin prêts à les dévorer…
Les valeurs des collectifs s’effondrent. Ces corps mis à nu cherchent à nous faire réagir et à nous repositionner à la source. L’esthétique y fait son oeuvre. La poésie lumineuse nous éclaire. Le corps sujet devient langage. La langue, trop souvent instrumentalisée, devient outil de communication universelle. le sens des mots reprend toute sa place. La superficialité est prise en otage et reste dénigrée, laissant l’esprit humaniste refaire surface.
Les civilisations anciennes pouvaient être d’une grande modernité, nous transmettant des expériences et des savoirs. A nous de pouvoir l’enrichir dans notre siècle.
Si la démocratie n’est plus, ravivons nos mémoires, rallions nous pour renouer nos pensées utopistes nécessaires, et laissons entrevoir de bâtir le monde de demain.
Ce théâtre est une oeuvre complexe reliant plusieurs expressions artistiques, la danse, la musique, l’art plastique, la peinture, les mots... C’est un socle dense de culture plurielle. Toute la richesse de la création artistique donc le public a besoin pour se nourrir.

Sylvie Lefrere

"Democraty in America" de Roméo Castellucci du 15 au 17 juin 2017 au Printemps des Comediens à Montpellier

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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 08:59

Découvrir la richesse c'est aussi aller voir ailleurs...Merci au Printemps des Comédiens de s'ouvrir jusqu'au Parc de Gramont. Nous quittons le Domaine D'ô, troquons les grands pins pour d'autres grands arbres, Cèdres et Micocouliers. Pour les Montpelliérains citadins que nous sommes, quel plaisir de retrouver à quelques minutes du centre ces havres de verdures et de calme.

Ce soir, je me déplace pour la dernière création de Sylvain Creuzevault. C'est un homme pour lequel je ferai des kilomètres. La dernière fois c'était en hiver, à Alès pour voir " Le père Tralalère", dont je me souviens encore. Un théâtre vivifiant à la mise en scène créative et déjantée.

Pour cette nouvelle création, la photo choisie pour le programme du festival laisse deviner la beauté des scènes. Elle est digne d'un tableau de Hopper, entre mélancolie du personnage dans sa solitude, et clair obscur.

Angelus Novo antiFaust nous fait pénétrer dans plusieurs jeux de joutes. De façon très linéaire et frontale, nous retrouvons les prises de pouvoir dans la communication. Nous rions et pensons à de nombreuses situations vécues, professionnelles, amoureuses, familiales. 

Sylvain Creuzevault a cette faculté de toucher notre intime. On se sent addict à chaque injection jusqu'à planer intérieurement. Tout en suivant la scène notre esprit divague en parallèle. Dans cette jeune conférencière nous revoyons le poids de la hiérarchie qui veut toujours avoir raison. Nous retrouvons l'amie bavarde qui veut toujours être en avant , envahissant l'espace et ne laissant la place à personne. La séductrice un peu mante religieuse qui ne laisse aucun échappatoire à sa victime désignée...Face à ce tandem, sur le plateau transformé en laboratoire aux volets de cour de récréation, un père et sa fille se jouent du savoir et de la transmission. Qui sera le plus fort? Jean De La Fontaine l'avait bien dit " on a toujours besoin d'un plus petit que soi..."La pertinence de la jeunesse est bien là, dans ses grands yeux prêts à embrasser le monde!

La scène suit cette dynamique. L'éclairage et le pivot de quelques panneaux nous entrainent dans des forêts, des rivières, en nous faisant voyager et changer de niveau notre regard. Nous scrutons la moindre fente de lumière, saisissons le beau de l'épure.

Des références littéraires et sociétales explosent en petits feux d'artifice pour nous éblouir devant l'opéra d'une chrysalide. Qui est elle? De sa langue allemande, une représentation de l'Europe? Les acteurs des nuits debout?...

« Il existe un tableau de Klee qui s'intitule Angelus novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s'éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu'au ciel devant lui s'accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès1. »

— Walter Benjamin, Thèses sur la philosophie de l'histoire

Dans le tableau final nous sommes témoins de la naissance d'un papillon tournoyant aux accent de statue de liberté. Les grandes ailes sont déployées pour nous accueillir, bienveillantes, protectrices, devant tous les dangers qui nous entourent, le rapprochement des diables aux  sabots pesants. Nous sommes face à un chantier où tout est à recréer. On observe l'esthétisme naissant et la volonté qui se dégage. 

Les nouveaux anges sont les héros attendus. 

Sylvie Lefrere

" Angelus Novus AntiFaust" de Sylvain Creuzevault du 2 au 4 juin 2017, au Printemps des Comediens à Montpellier.

 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 14:54

Sous un ciel menaçant, nous nous serrons en fil indienne devant la porte de la cabane en bois. L'orage n'est pas loin. Il annonce la tempête dans nos têtes que nous allons vivre. Où sommes nous? Dans le Sud? au Canada? Dans les Carpates? Je ne sais plus...Ce que je sais, c'est qu'étant enfant, j'ai vu le cirque Aligre, car mon médecin Traitant, le Dr Gonin, m'avait dit que ses fils travaillaient dans ce cirque, où il y avait des dresseur de rats!

Aujourd'hui, il est devenu le théâtre Dromesko et il s'élève au Printemps des Comédiens! Nous sommes invités à nous asseoir de part et d'autre  du plateau où sont disposés quelques chaises. De notre place perchoir, nous allons scruter la scène avec attention. Nous serons volatiles divers, Milan ou épervier au regard perçant, perroquet à la langue déliée, rossignol au rire musical. La compagnie du théâtre Dromesko nous fait  rentrer dans une volière, sans jamais nous emprisonner. Sa ligne politique nous est clairement dessinée dés le départ. Pas d'hésitation, Marine le Pen ou Olivier Py n'ont pas leur place dans ce lieu. C'est un espace  qui déroule les fils  de la vie qui nous rassemble, en lien, en famille, entre amis, lors des mariages ou des enterrements, des banquets festifs de toutes les occasions. 

Dans un univers intemporel nous allons gouter au chaos, à la lisière de la folie, qui déconstruit les codes, pour nous immerger dans un rêve cauchemardesque, qui nous rend plus clairvoyants à notre réveil. 

Le voile de mariée devient le filtre de nos visions. Igor et Lily et les membres de sa troupe, nous questionnent tout au long du spectacle. La bande de tissu transparent, de tulle troué, devient notre lucarne poreuse. Quelles est la cohérence de se marier? N'est ce pas la petite mort du couple?  Dans la traine nous transportons nos rêves d'enfants, nos fantasmes, nos désirs d'idéal....La musique et les allées et venues des corps deviennent nos rythmes cardiaques. Parfois lents en bradycardie pour déployer un pas de soldat, fidèle aux ordres, ou en tachycardie car le coeur ne peut pas tourner rond dans tous ses émois.

Les rideaux s'ouvrent et se referment grâce à des mains de mannequins en cire. Nous sommes peut être ces poupées qui cherchent à rentrer dans ces codes sociaux imposés par notre éducation et nos familles. Cellules qui nous enferment, remplies d' individus qui se lâchent dans ces occasions, dans l'exubérance des coudes levés et des chansons grivoises.

Mais les Dromesko, nous invitent du haut de nos perchoir à deviner le sublime qui se dessine sous nos yeux. La grâce des gestes dans un doigt tendu, ou des corps qui tombent puis virevoltent aussitôt. Il nous fait toucher du doigt l'esthétisme d'un morceau de tissu avec comme seul moyen un spot pour nous laisser entrevoir un horizon lumineux. Celui de la liberté d'être. 

La bande de tulle habille et recouvre. Sublime un corps dans une tenue de princesse pour se transformer ensuite en linceul. Rien n'est immuable. Tout est mouvant autour de nous. La danse de l'amour à mort. La voix de Bashung a pu pleinement résonner et être incarnée...Mais pour seule bande son, les notes d'un accordéon et d'un violoncelle entre musette joyeuse et suites de Bach. 

Notre attention est distraite par leurs compagnons insolites, les " drôles d'oiseaux": Un chien au noir corbeau luisant, un cochon qui  se frotte au déroulement du tapis rouge plus qu'à la recherche de truffes, un petit poney englouti dans la pénombre pour laisser sa place sous la lumière au " Grand Marabout". Ce dernier orchestrera par sa danse funèbre , toutes ailes déployées, la vision de l'ange de la mort, passant sur chaque individu pour les confesser, et purger la douleur de l'homme et de la femme, perdus dans leur quête amoureuse. Son élégance est universelle et son claquement de bec, sec, pose la force du débat. Tout le monde veut endosser ce costume symbolique pour affirmer ce mythe de l'amour scellé. Hommes, femmes, du haut de leurs talons, dans leur robe de roi et de reine, sont les héros du jour du grand jour. ce jour est unique et augurera d'autres à venir, choisi ou subi. 

Le défilé final est la représentation de notre société d'aujourd'hui, entre ceux qui sont réduits à néant et ceux qui paradent.

Les comédiens du théâtre Dromesko ont compris ce qu'était la création en faisant pleinement participer les acteurs dans le projet. Tout ce travail se respire dans nos profondes expirations. Ils nous coupent le souffle pour nous redonner de l'oxygène.

Ils nous offrent de venir les rejoindre pour partager vin et gougères. Ils nous invitent à rejoindre leur nid pour piailler joyeusement et tenter de refaire le monde autour des valeurs humaines d'origine. Et qu'est ce que c'est bon...

Sylvie Lefrere

" Le jour du grand jour" du théâtre Dromesko du 4 au 8 juin 2017 au Printemps des Comédiens à Montpellier

http://www.dromesko.net/

https://www.youtube.com/watch?v=41-58c24kaM

https://www.youtube.com/watch?v=5-FKoMznMcc

 

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 01:48

Le Printemps des comédiens s'ouvre sous le signe de l'actualité de la société d'aujourd'hui. Le Cabaret de " Terabak de Kyiv" nous présente un plateau matriarcal fort de jeunes Ukrainiennes. "Poutine n'a qu'à bien se tenir..."Elles éclatent d'énergie et d'affirmation de leur potentiel féminin dans le concert tonitruant, ponctué de Rock et de séduction. Leurs voix résonnent  dans un univers frisant Kusturika et sa folie, l'intensité de Kate Bush, teintées des sonorités de Claire Diterzi. Elles offrent la liberté d'expression et de mouvements que leur pays bride. Elles sont des amazones lâchées sur la scène  de l'amphithéatre d'O. Elles mènent la danse des hommes qui mouillent leur chemise usant de stratagèmes pour attirer leur attention. 

Un narrateur intarissable orchestre le rythme du spectacle, les considérant du coin de l'oeil. Il joue son rôle d'agitateur, cherchant avant tout à chauffer la salle. Les spectateurs restent bouche bée devant ses déploiements magiques de cartes.

Un petit homme joue à celui qui porte un costard trop grand pour l'envergure de ses frêles épaules. Mais il est grand pour la souplesse de son corps. Il se fond entre planches, échelle et ridelles. Il chute sans cesse en se relevant dans l'instant qui suit, pour rebondir comme un feu follet. On se laisse à imaginer qu'il fait parti de ces nombreux migrants qui se cachent sous le bas du chassis des wagons ou des camions. Il est contorsionniste au pays des géants capitalistes. Son corps est son langage. Son chant est sa langue.

Le seul qui tente de séduire les musiciennes est un monocycliste qui tournoie dans tous les sens et rebondi dans toutes les situations. Dans une autre vie, il devait être paon.

Le clou de la soirée a été le couple de trapézistes, qui dans ce monde de bruits, apporte une véritable force gracieuse et apaisée. Le propos n'est plus la technique qu'il a acquis, mais le lien esthétique de sa chorégraphie. Il métaphorise ce que chacun d'entre nous peut rechercher, cet équilibre harmonieux, sans cesse ponctué de prise de risque, mais son engagement et sa confiance l'un pour l'autre, semblent indestructibles. Il offre la valeur et les sens d'un projet co construit, et tout se tient.

Le final aurait pu nous transporter sur le plateau pour les rejoindre, mais assis à une heure tardive, les spectateurs n'agitent que leurs mains, les jambes clouées. Ils auront juste la force de se laisser porter jusqu'à leur lit vers 1heure du matin, en ayant un sourire dessiné sur les commissures des lèvres. Celui des gens heureux, nourris par de brillants artistes, qui donnent au public, en les considérant.

Sylvie Lefrere

"Terabak de Kyiv" au Printemps des Comédiens à Montpellier du 1er au 4 juin 2017

 

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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 08:58

Le festival « Texte en cours », TEC, comme ils disent. Inexorable abréviation utilisée dans notre langage moderne, mais n'oublions pas son histoire d'origine : Le «  Festival du jamais lu » de Montréal au Quebec. C'est un festival qui vient d'un pays froid pour réchauffer notre capitale Méditerranéenne. Un peuple ancestral qui vient à notre rencontre, par ce festival, pour vivifier un public et chercher à l' inscrire autrement dans son époque.

Depuis 5 ans à Montpellier, ce petit évènement discret dans la cour des grands, chemine d'année en année. D'un lieu, La brasserie du Dôme, il s'ouvre sur le territoire local. Il se joue aussi dans le centre dramatique national, Humain trop humain, le théâtre universitaire, La Vignette, le conservatoire d'art dramatique, le théâtre du Hangar, ou La Baignoire ,ancien garage particulier, dédiée à l'écriture contemporaine. Toutes les strates sont représentées, du contexte dans lequel ce festival évolue, jusqu'au brassage d'un public initié ou des consommateurs hasardeux.

L'organisation s'affine et nous assistons au développement d'un processus de création qui se joue chaque soir. L'actualité d'aujourd'hui y est palpable.

Les jeunes de moins de 35 ans, nés dans les années 80/90 sont les derniers passeurs de ces années créatives ? Certainement pas ! Ils nous remettent le pieds à l'étrier pour l'avenir. Ils ont une langue qui claque. Elle a résonné chaque soir dans les méandres de nos couloirs cochléaires. Elle nous a obligé à mobiliser nos curiosités. Seuls les médias et les institutionnels se sont tenus à distance. Dans cette période d'entre deux tours, étaient ils prisonniers de leur statut de girouettes déboussolées ? Ou blasés, perdent-ils leurs veines et leur curiosité, pour laisser place à la posture de représentation ou de copier coller des dossiers de presse par facilité ?

Pendant ce temps, la semaine de « Texte en cours « nous a joué, à nous public curieux, une musicalité douce, âpre, drôle, tonitruante. Elle a cogné avec l'intime , secoué les systèmes de la société d'aujourd'hui. Les textes ont été portés, incarnés par les auteurs eux même, dans un lâcher prise tout en retenu ou une passion joyeuse. De jeunes comédiens, en nombre plus ou moins important, nous ont offert des mises en scène enlevées. Les textes sont leur squelette et leur peau, qui les enveloppe, s'étire vers les 4 points cardinaux du plateau. Ils ont des yeux qui roulent, des regards qui foudroient, se croisent et ricochent avec nos âmes vierges. Nous ne serons plus tout à fait les même après...

Le public absorbe toutes ces émotions. Les yeux se plissent, les dents se dégagent dans les lèvres ouvertes, pour laisser s'échapper des rires, des soupirs. Les jambes font des ciseaux de gauche à droite, et les coudes se lèvent pour porter aux bouches, restées silencieuses trop longtemps , un peu d'hydratation aux muqueuses asséchées.

L'air des salles peut être chargé, dans ces atmosphères collectives. Le volume sonore est à la hauteur du niveau de l'écoute de l'émotion. Nous sommes invités à notre insu dans une ode maritime, où le souffle peut être coupé par la vague inattendue, celle qui submerge, ou nous coule sous le niveau de la mer, pour ensuite nous laisser refaire surface, basculer dans une veille légère qui nous entraine à la lisière d'un sommeil profond, dans l'espace du rêve. Nous sommes, quoi il en soit, saisis, touchés, traversés, nourris. Ce bain de mots agit comme un flot bienfaisant, qui nous plonge dans un état foetal. Nous étions tout neufs, et en ressortons transformés.

Le festival a démarré au bord d'une piscine qui se vidaient de son eau, pour arriver à nager dans la mer. Nous avons parcouru des chemins qui nous ont emmené jusqu'au Chili, pour se rapprocher de ces femmes qui vivent différemment que nous, mais qui pourtant si loin sont si proches. La lutte pour la condition de la femme est universelle. Nous sommes passés dans des discussions familiales, immobilisés sur nos chaises, la saveur de cette satanée soupe grumeleuse plein la bouche, pour mieux recracher les relations de pouvoir. La troupe de Bertrand de Roffignac nous a fasciné dans le rythme pulsatile de «  Four corners of a square with its center lost », relayé par ses comédiens présents. «  Run away » de Bronsky Beat a métaphorisé nos désirs les plus enfouis. `

Nous avons vécu un moment de grâce en découvrant Stanislas Roquette, habité par le texte de Raphael Sarlin-Joly, «  Révélant sur la grève quelques corps immobiles ». Il nous a arrêté en plein vol. Athées, ou croyants, nous avons eu la foi de vivre un grand moment, éblouis par la lumière dans laquelle l'auteur nous a guidé. Nous nous sommes retrouvés dans l'enfer de Dante pour rêver de sortir la tête hors du feu et laisser une trace sur la terre sablonneuse, si mouvante.

Les femmes autrices étaient largement représentées dans leurs histoires d'amoureuse refoulée( « Tu trouvespasque c'est beau toi, une piscine vide « de Judith Zins), de monde fantastique( « Le prince Machu et la cité des Astres » de Louise Roux), du quotidien qui tue l'amour( « Thomas » de Leila Mahi). Nous ne pourrons plus tourner la clef de la porte de la salle de bain de la même façon...Le goût de la révolution( « Le tigre du Bengale « de Camille Joviado), des histoires sur le genres sont apparus( « Nous n'avons pas vu la nuit tomber « de Lola Molina) et tous les autres Julie Benegmos, Lauren Hartley, Nicole mersey, Sally Campusano Torres et Aurore Jacob, Sophie Lewisch. Sans images chocs, l'actualité est tout autour de nous, réfléchie, donnant une vision dynamique. « Texte en cours » révèle les valeurs d'aujourd'hui portées par cette génération qui va construire notre avenir. On peut leur faire confiance quand on entend cette qualité.

Le sport a été à l'honneur pour la dernière journée. Comment donner la parole aux jeunes sans qu'ils parlent de l'un de leur sujet favori ? Le système écrasant du monde économique dans le milieu sportif sera décrit, en laissant l'espoir d'un épanouissement final( Corentin N' Dié d'Alexis Leprince). Maxime Taffanel a su posé le clou final dans l'expression de «  Cent mètres papillon ». Il a réuni la subtilité et l'humour des mots, en y mêlant la finesse et l'esthétique du geste et du corps. Nous avons été témoins de la présentation d'une création passionnée et joyeuse. Il nous a transmis ses frissons et nous pénétrerons dans l'eau, la prochaine fois, accompagné par son souffle vif et puissant.

Le festival a su introduire l'image dans l'illustration, en écoute au casque, de fragments du texte de Nicolas Girard Michelotti «  Apnée ». Une immersion que le spectateur choisit, à disposition dans un lieu au calme, pour découvrir l'univers d'un homme chassé de sa maison. Dans cette actualité autour de la migration, la poésie y trouve toute sa place pour accompagner nos consciences.

La musique a été très présente à travers la mélodie de différents instruments, de la guitare en passant par les voix. Baptiste Brunello a un peu noyé nos codes habituels, mais il a réveillé de façons ludiques nos compréhensions du monde. Rien de tel pour clôturer le festival et retrouver de l'énergie.

Le festival «  Texte en cours » nous a joué un canevas sociétal, engagé et avec une dimension politique vive. Il nous fait toucher du doigt, cette notion si souvent oubliée, que tous les possibles peuvent encore exister.

Sylvie Lefrere

«  Texte en cours » du 2 au 5 mai 2017 à Montpellier.

Texteencours.wordpress.com

 

 

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 20:13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est un jardin extraordinaire!  Alain Béhar dans sa forme humaine nous offre un plateau en friche. Sur la gauche, un amas de végétaux divers posé, là. Lui, face à nous, s'adresse au public avec une désinvolture sympathique d'emblée. Nous sommes ses complices, témoins de sa co construction avec Montaine Chevalier, elfe silencieux qui se fond dans le décor tout en étant actrice jardinière. Pendant qu' Alain nous déroule le flot de sa pensée dans un processus temps, nous suivons son travail d'organisation végétale scrupuleuse. Elle pose, dépose, jauge, chaque branchage, chaque bouquet, chaque petit pot, entre chaises et rouleaux qui se transforment en vases, en tuteurs. Tout se tient.

Nous écoutons cette histoire de science fiction qui s'étale sur des décennies jusqu'en 2041. De simples enveloppes contiennent tous ces secrets et s'égrainent au fil du temps, au rythme des saisons, de l'actualité nationale ou des territoires de proximité. Les références nous font sourire, réagir, rechercher dans nos mémoires ou notre logique, jusqu'à lâcher prise et se laisser prendre entre les filets de ses idées farfelues, mais réjouissantes et visionnaires. Nous allons cheminer de nos jours à travers l'humain complexe, jusqu'aux années dirigées par les robots.

Le foisonnement de ces pensées se relie avec la luxuriance du paysage construit savamment par son acolyte. Elle est d'un sérieux imperturbable, concentrée dans sa création. Elle écoute, imagine, et suit le fil des idées évoquées à l'oral. Son silence se percera dans un léger son, un pleur qui montera en sanglots. La perte d'un monde? La construction face à la déconstruction?

Ses yeux baissés ne nous laissent rien entrevoir pourtant de ses émotions. Elle est en marche dans son jardin extraordinaire, et le bleu lumineux de ses yeux ne s'éclaireront que lors des applaudissements.

Le paysage se dessine, et nous réveillons nos sens à travers les odeurs des végétaux, effluves bienveillantes. La vidéo se dévoile donnant de la perspective profonde au décor, tout en douceur et en subtilité.

Nous en arrivons à oublier les mots du texte qui nous bercent dans nos pensées ouvertes comme la dilatation de nos pupilles. Nous sommes dans un rêve éveillé de Lewis Carroll.

Alain et Montaine nous rendent chaque minute, chaque heure, chaque jour, chaque année, plus clairvoyants. Tout se construit à notre insu pour notre plus grand plaisir. Le temps passe, sans que nous sentions la pesanteur. Tout devient léger et nous révèle l'évidence. De la friche, né un monde à construire, à travailler, à créer, à cultiver.

Ce soir, nous sommes sur le chemin des vagabonds de notre avenir.

Sylvie Lefrere

" Les vagabondes" d'Alain Béhar à Humain trop Humain Trop Humain CDN de Montpellier du 1er au 3 mars 2017

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 22:37

J'ai tout d'abord aperçu sa silhouette. Elle m'a tout de suite séduite. Je suis devenue une enfant incapable de résister. Il a touché mon épaule et tout mon corps a vacillé.

Il est le port où je veux m'amarrer. Je suis devenue  sirène. Celle qui happe. Mes cheveux flottent, anémone de mer dans laquelle il peut se noyer. 

Le labyrinthe de la relation s'est ouvert à nous. Ce grand corps est une montagne que j'escalade. La pulpe des doigts effleure ce col, pour ensuite partir en glissade de frissons. Tous les creux de son corps sont des petits lacs glacés près des os et chauds entre les plis. Les amas de poils sont des tapis doux où chaque boucle devient ressort de sensations.

Ce corps ouvre tous les possibles: Un port, havre de paix, une victoire d'ascension en altitude, un champ d'exploitations. Cette peau, j'en prends soin, agricultrice de terreaux. Je trace des sillons, je retourne les chairs, je sème, j'imprègne, j'inscris. L'empreinte de ce corps sera gravée dans ma mémoire. 

Il réunit à lui tout seul tous les éléments de la nature. L'air qu'il diffuse par son souffle chaud qui ouvre mes voiles, l'eau qui laisse circuler les fluides qui nous relient, la terre qui offre cette matière émergente et qui grandit, le feu qui active la joie insouciante, constructive jusqu'à épuisement. Oui, ce corps m'épuise par sa densité. C'est un roc. Il nous élève en altitude, nous suspend sur ses crêtes, en nous laissant en équilibre la tête dans le vide.

Il est un monde à lui tout seul qui fait voyager. Sa carcasse recouverte de peau douce, pileuse, granuleuse, accompagne nos soifs de découvertes. Il restera une charpente qui englobe dans sa force et sa fragilité. Toutes les tempêtes vont souffler et éprouver cet amour des corps. Elles vont nous mettre à terre. Sans cesse, nous allons battants nous relever. Affaiblis par un doigt en moins ou un infarctus, mais toujours le corps et le coeur vibrants l'un pour l'autre.

Un filet de lumière apparait. Il fouille dans le fond de ses poches et sent le métal glacé sous son ongle. Il enclenche le barillet du verrou, puis enfonce les dents incisives de la clefs. Il donne un mouvement de rotation tout en appuyant, comme une fermeture de coffre fort. La porte ne grince pas, seul le bas frotte légèrement. Un son net claque.

Ma nuit est finie.

Sylvie Lefrere

29 janvier 2017

 

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