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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 09:32

 

Il y a quelques mois, nous étions venus, en fidèles, à trois soirées d'affilées, pour découvrir la vision de Markus Orhn du Nouveau Testament. Les différentes étapes s'étaient déroulées dans leurs outrances. Nous avions été assourdis par le son, embrumés par la fumée, secoués par des membres fracturés, quasi étouffés par la terre, pour finir accueillis, ou pas, sur le plateau pour partager un verre. Nous étions des spectateurs transformés en apôtres.

De nos jours, la religion est omniprésente, et pourtant des générations ont bien peu de références sur cette culture. Markus Orhn, nous donne à voir sur cette origine du monde pour interpréter différemment ce qui nous entoure. Nous quittons notre enveloppe de rejet vis à vis de cet ouvrage qu'est la bible.

Son processus de création nous positionne dans une succession de moments uniques, car les douze volets présentés sont joués une seule fois. Il prolongera ensuite le travail dans d'autres villes. A travers ces expériences éphémères, Il nous entraine dans un tout. Nous sommes reliés avec les spectateurs des autres pays où il se produira, observateurs qui vivent le présent, dans une cohérence accompagnée, et qui acceptent une part d'inconnu dans la perte.

Cette deuxième partie a commencé par une promenade en extérieur.

Eclairés par deux guides, nous avons cheminé entre forêt et asphalte. Le contexte de la première partie a été reposé par la présentation des différentes créations, des animaux, de l'homme, de la femme ...

Dans le froid de la nuit, nous nous sommes groupés en meute silencieuse, à l'état animal, l'odorat saturé par les effluves d'humus. Sous un halo de lumière pointé, recueillis, nous avons forcé notre regard de chasseurs pour rechercher les différents acteurs, le renard, la belette, le serpent, l'arbre de la connaissance...Dans cette écoute attentive, nous sommes revenus vers la vie sociale, à l'arrière du théâtre. Pour nous aider à déposer nos sens, un verre nous a été offert. Le liquide est venu hydrater et fluidifier nos perceptions de la matière présentée. Une pause nécessaire avant d'entrer dans le ventre vif de l'histoire.

Les codes sont bouleversés. Le spectacle commence dehors, puis nous pénétrons dedans à l'arrière du plateau. Markus Orhn renouvelle notre positionnement de spectateurs.

Le noir nous accueille, debout, derrière une corde. Nous respirons une nouvelle odeur. Elle est forte. Inconnue, elle réveille un connu primaire. Celui de la chair morte. La limite tombe et nous pénétrons en toute liberté. Observateurs, voyeurs, acteurs. Nous sommes dans un espace dépouillé, mais qui pourtant nous remplit. A nouveau tous nos sens sont sollicités, accentuant ce réveil nécessaire. Une clarté blanche nous aveugle pour aiguiser la finesse de notre regard, pour une meilleure visibilité pour la suite. Nous retrouvons les sonorités d'une langue inconnue qui claque dans le micro, mêlée au souffle d'un supplicié silencieux sous le fouet ou le scalpel. Performance unique, sur le corps sans genre précis, homme/femme. Seul le cuir noir gaine sa chair en seconde peau.

Nous sommes témoins de scènes en direct et à l'image. Perméables à ce qui se déroule sous nos yeux et dans une distance zoomée à l'écran.

Le monstrueux devient sens esthétique. Nous nous fondons dans cet univers qui nous aspire.

La mécanique du metteur en scène est diabolique. Nous prenons conscience que le champ où il nous entraine épouse notre histoire. D'hier, d'aujourd'hui et tente dans l'avenir de nous donner de l'énergie pour demain. C'est l'enfer autour de nous et pourtant... ce soir, il nous laisse seul pour imaginer la suite, car il repart continuer sa création sur d'autres territoires.

Il nous offre une matière dense. A nous de l'intégrer, de la façonner et de tenter de la créer.

Nous  sortons de nos guerres fratricides, et réalisons que "la bête" n'est jamais morte. Sa carcasse est déposée, linceul, sur les corps encore fumants. Les ailes des anges ouvrent la découverte de la tour de Babel qui devient entre ses mains un échafaudage chaotique, construit malgré tout, mais fragilisé par la force du collectif. 

La scène s'étire jusque derrière la régie, où est posté un groupe de magiciens fantomatiques, maquillés à l'image des acteurs performers.  Sont ils les vampires de nos âmes?

Nous sortons pales, déboussolés, dans l'impossibilité de nous quitter. Nous avons besoin de parler de ce dont nous venons d'être témoins. Presque un désir de refaire le monde...

Markus Orhn a eu cette capacité de nous rassembler à chaque instant. Sa démarche artistique est  diablement complexe, bouleversante, innovante, puissante. C'est de ce type de création dont nous avons besoin. Sa complexité nous met en mouvement.

Sylvie Lefrere

"To walk  the infernal fields" de Markus Ohrn le 3 decembre 2016 au CDN HTH à Montpellier.

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 00:36

Cette première semaine de novembre reflète un grand bouleversement.

Les spectacles nous aident à ressentir autrement ce que nous parcourons.

« Rendez vous gare de l'Est », joué sous le chapiteau de Sortie Ouest, s'est révélé un départ d' écriture, sur la lisière de la folie, proche de la situation que vit la structure. Girouette à regarder dans toutes les directions sans savoir quelle issue trouver.

La comédienne, est seule sur le plateau, assise sur une chaise en bois et en métal, identique à celle qui nous supportait à l'école. Ce matériel a quasiment disparu, au profit du plastique moulé sur lequel nous transpirons, quelque soit la saison. L'époque est moite. Elle nous file entre les doigts.

Emilie Incerti Formentini incarne « madame tout le monde », notre voisine, la caissière du supermarché, l'employée de la poste... Sa vie se déroule de façon assez banale, ses relations avec ses proches, sa petite sœur, sa mère, son petit ami. Puis insidieusement, comme une fracture de fatigue, le trouble émerge de son flot de paroles, saccadées, sans laisser passer une respiration. Nous ressentons l'addiction aux calmants, ce compagnon toxique pluri-quotidien, celui qui lui fait perdre pied avec la réalité et qui transforme en être décalé, en horloge molle.

Nous, spectateurs, sommes témoins de cette lente descente aux enfers, suspendus à son moindre mouvement. Son profil laissé fixe quelques minutes, nous laisse des espaces. Nous y faisons une pause, après une longue apnée. Nous sommes les plongeurs explorateurs de sa vie intime. Nous la voyons lentement tanguer entre ses émotions, avoir des bouffées de questionnements, et chavirer dans ses délires. Cette folie, elle nous ressemble un peu.

Quelques jours plus tard, ce sont «  Les grandes Bouches » de Luc Sabot qui s'adressent à nous.

La musique rythme, tout au long du spectacle, les mots et les portraits des différents personnages. Caricatures de nos écrans, des hommes de pouvoir. La figure du sportif métaphorise ce culte du corps, mêlé au désir de compétition. Où est l'expression des penseurs dans cette société superficielle, envahie par des représentations de héros clinquants  et grossiers?

La silhouette du comédien est celle du chef d' orchestre, homme froid et implacable. Les riffs de guitare et le roulement du tambour sont à l'image de l'énergie des citoyens qui vivent dans cet environnement hostile. Le compte à rebours semble être lancé.

En fin de semaine, entre les notions de perte et d'incongruité de notre actualité, Patrice Barthes nous a entrainé vers un nouvel épisode du projet «  Territoire en mouvements », en nous faisant parcourir les ruelles du village de Murviel les Montpellier.

Le niveau de la mer de Villeneuve les Maguelone, précédent village, a été dépassé, pour suivre le fil de l'eau entre les bassins Romains. Nous n'étions plus de vulgaires Gaulois, mais des randonneurs aux sens aiguisés. Ces visites où l'oreille est accompagnée, le regard ouvert et le corps en mouvements, dans les différents villages de la Métropole, est un excellent moyen de sensibiliser les habitants, les visiteurs, à leur environnement. Ce parcours est créatif, historique, esthétique, artistique. Les mots, croisés avec la musique, pulsent nos pas dans ce cadre inconnu ou re connu, changent nos perceptions et nous rendent acteurs dans l'espace urbain. De nos jours, la nécessité de se véhiculer en étant à l'écoute, sensible à son cadre de vie, au beau, curieux, en lien avec les autres, déterminant.

Ces propositions artistiques sont notre chambre d'écho. La Colonie Espagnole en a été la preuve hier soir une nouvelle fois. Nous étions tous réunis spectateurs, artistes, acteurs du paysage culturel, à clamer nos valeurs pour cette région, avec un désir irrépressible de rester engagés autour de projets de qualité, comme ceux présentés à Sortie Ouest. Un lieu unique qui accueille largement  et chaleureusement les jeunes sous ses chapiteaux, les amateurs d'art sous toutes ses formes, théâtre international offert par Pippo Delbono ou Kristian Luppa, cirque, concerts de tous les horizons, du jazz à la musique actuelle, rencontres littéraire. Les élèves des lycées des environs puisent sur cette ressource pour s'enrichir et avoir le goût d'apprendre. Ils viennent avec leurs enseignants ou avec l'adulte de leur choix, pour une somme modique. Pas de politique d'abonnements qui prime, juste le plaisir d'accueillir un public sans cesse renouvelé.

Mais la loi NOTRE et les guerres de clochers cherchent à démonter la structure. Tout est politique, mais malheureusement ne tire pas vers le haut.

Il y a urgence, pour élever le niveau du débat et présenter aux décideurs les lignes artistiques dont les électeurs ont besoin. Car oui, pénétrer dans un lieu comme Sortie Ouest est un privilège, un bien précieux à conserver, sans souci d'élitisme, « Un AOC », Association originale culturelle , idée exprimée par un spectateur présent lors du débat. 

Il est l'heure d'écrire clairement le projet souhaité par tous ces amateurs d'art, petits et grands, force vive des habitants qui désirent une politique locale engagée et créative, où l'éducation populaire trouve toute sa place sans être « old school ». La société a besoin de ces socles pour s'épanouir et s'élever, autant que pour la santé et la justice.

Pourrons nous un jour nous éloigner de l'intérêt économique exclusif et atteindre une conscience d'investissement tout autre... ? Dans des valeurs d'avenir et des dimensions de préoccupations humaines tournées vers les citoyens ?

Cette réunion reflète comment un collectif de passionnés peut se former très vite. Après cette prise de conscience, il y a urgence, car le 1er janvier les cartes vont changées. Donc il faut agir maintenant . Si les décisionnaires font la politique de l'autruche dans le dénis, tout reste à inventer avec le nombre de personnes qui se sont mobilisés dans le local de la colonie Espagnol, lieu représentatif des échanges pluri culturels.

Sylvie Lefrere

" Rendez vous gare de l'Est" de Guillaume Vincent à Sortie Ouest à Béziers le ç et 10 novembre 2016. http://www.sortieouest.fr/saison/spectacle/theatre/rendez-vous-gare-de-l-est.html

" Les grandes bouches" de Luc Sabot au Chai du Terral à Saint jean de Védas le 1o novembre 2016. http://www.chaiduterral.com/1617lesgrandesbouches

" Territoire en mouvements" de Patrice Barthes. 1é novembre 2016. http://www.latelline.org/agenda/territoire-en-mouvements/

 

 

 

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 00:10

Après son actualité tumultueuse, le Domaine d'O a ouvert sa saison musicale par une belle surprise.

Cédric Laronche, s'est extrait des nuits du Chat. Il nous a emmené sur les toits brulants des poèmes de Guy de Maupassant. "Bel Ami" a été remplacé par l'ombre des ébats de "la femme à barbe", jusqu'à  "fin d'amour"... L'humour décomplexé de ce jeune chanteur Montpellierain a été une parfaite passerelle pour rentrer dans l'univers de Georges Brassens, où nous a invité  Alexis HK.

Ce soir, nous étions tous « des Georges » dans la bouche de ce charmant quarantenaire. Depuis » C 'que t' es belle quand j'ai bu », ce chanteur a gagné en verve mature. Il a su du bout des doigts attendrir les cordes de sa guitare, et moderniser la musique de Brassens, grâce à son contrebassiste, Simon Mary, digne descendant de Pierre Nicolas, et de son guitariste, l'excellent Loïc Molineri. Nous sommes passés du Jazz Manouche aux mélodies Hawaïennes, entre les notes familières de l'homme à la pipe.

Chaque chanson résonne. Nous les connaissons par cœur et le public exprime sa joie en interactions. Les spectateurs de cette soirée ne sont pas ceux qui restent derrière leur petit écran, pour regarder les séries en streaming. Ils sont acteurs vivants.

La chanson «  Les religieuses » éclate dans la dénonciation des exactions de l'éducation catholique et de ses coups bas. Je l'entends à cet instant précis comme jamais.

François Morel a apporté sa patte, dans la mise en scène, par  une touche d'anecdotes croustillantes. Nous sommes des " Vieunes" tout à coup. Mi vieux, mi jeunes.

Alexis nous a caressé de son regard rieur, nous a enveloppé de sa voix chaude. Nous avons envie d'être au plus près de lui, sur son fauteuil Récamier rouge, et de fermer les yeux... Pour mieux l'écouter. Nous sommes dans le bain de notre enfance, tout en ayant un pied dans la société d'aujourd'hui. 

Nous aurons voyagé avec lui, des cheminées de fées de Mourèze jusqu'à Sète, en passant par Montpellier, là où «  il aime regarder les filles ».

Monsieur, vous pouvez revenir quand vous voulez ! Car grâce à vous, nous avons oublié un instant que le théâtre Jean Claude Carrière, du domaine d'O, était menacé...

La qualité d'un spectacle, c'est de nous faire rêver d'un monde meilleur "... chaque instant, comme dernier présent, quand je sens la peur, de l'heure de s'enfuir ..."

https://www.youtube.com/watch?v=mHncfobuhxk

http://www.deezer.com/album/11211584

Sylvie Lefrere

Alexis HK " Georges et moi", avec en première partie Cedric Laronche, au Domaine d'O le 28 octobre 2016, à Montpellier.

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 00:09

 

Okada, un nom qui résonne dans la boite crânienne, après le claquement de la langue contre le palais. Il ouvre sur un huis clos dans une chambre, qui pourrait être le sas de décompression de la centrale de Fukushima. Champ des relations intimes après un cataclysme, où se mêlent passés, présents, futurs. La temporalité est suspendue et notre attention y navigue, entre des volutes de fumée invisible.

Les personnages de cette triade nous paraissent bien sages. Leurs gestes habillent leurs paroles. Nous suivons leurs mouvements de mains, la fragilité fluide des notes sur une partition. Elles nous collent à la peau.

La grâce de la jeune femme disparue agit jusqu'au bout de ses doigts. Sans pointer l'index, elle nous questionne sans cesse. Elle plane en  âme bienveillante. Actrice du passé, réflexion de l'instant, et présence constante dans le futur. Elle est une effluve aérienne de radio activité qui nous pénètre à notre insu. Elle n'est pas un fantôme car elle n'effraie pas, bien au contraire, elle attire comme une sirène. Son corps reste volatile et brillant. Elle irradie par la force de sa présence de l'absence.

Face à elle, un jeune homme représenté dans toute sa faiblesse. Il exprime  sa timidité à travers des gestes imperceptibles. Il est l'enfant qui balance des pieds, assis sur sa chaise. Il est celui qui triture son pantalon. Il est celui qui n'ose pas. Il pourrait être le gardien du  secret de la catastrophe naturelle, qui diffuse en nappe sur celui de la complexité de la nature humaine.

Ils sont " les enfants héritages de notre futur"...séisme et explosion d'un site nucléaire, à l'image du monde d'aujourd'hui.

Le troisième personnage de la triade reste à distance. Il est la présence dans la permanence. Trait du caractère Japonais. Celle qui parle peu. Elle est là, c'est tout. 

Le temps posé est lent. Les questions tournoient autour des souvenirs. Après un accident, toutes les scènes reviennent en salves, les mémoires se fragmentent. Ce cataclysme est proche de la force d'un amour qui prend fin brutalement. Tout revient en feed-back, dans un flots de questions. Comment avancer après, pétrit de ce passé? Comment apprécier de survivre dans un présent? Comment aborder l'avenir?

La solitude les enveloppe tous les trois. Ils sont prisonniers de leur état.

L'une isolée dans sa disparition, pourrait ressembler à l'ange dans " Les ailes du désir" de Wim Wenders. 

Le garçon, seul, recherche une présence pour combler un vide, fait de société.

La troisième, la jeune femme, seule, rentre passivement dans la rencontre, plus curieuse de l'autre que dans le désir. Elle ressemble à ces enfants dans les contes qui poussent une porte, sans avoir conscience de ce qu'il y a derrière.

Toshiki Okada a fait vibrer le public  ce soir. L'écoute était intense, les toux étaient suspendues, les rires s'étaient tus. " Okada, Okada", frappe comme la musique du sang qui bat dans nos tempes et alimentent nos esprits. Quelques lumières  éclairent nos réflexions, le bruit de l'eau nous irriguent, un voile nous insuffle de l'air.

Nous sortons dans un état particulier, éjectés d'un caisson hyperbare, pour se remettre de l'asphyxie générale post traumatique, quelle qu'elle soit. Grâce à ce théâtre, nos pensées restent actives et nous continuons longtemps notre cheminement. C'est un théâtre thérapeutique qui rend le drame vivant.

Sylvie Lefrere

"Time’s Journey Through a Room" deToshiki Okada à HTH, scène dramatique nationale de Montpellier, le 18 et 19/10/16.

 

 

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 22:04
Mouvements sur la ville

Par un bel après midi ensoleillé, pourquoi aller s'enfermer dans un théâtre pendant 3heures? C'est pourtant la proposition faite ce dimanche par la compagnie Primesautier Théâtre.

Elle a été invitée, par le théâtre Jean Vilar à créer, dans le quartier de la Mosson, une expérience immersive et documentaire sur le territoire en lien avec les habitants.

Pendant un an, Antoine Wellens, Virgile Simon, Julie Minck, ont fait un travail de fond en allant à leur rencontre, ainsi que celles des associations de quartier. Ils ont ouvert cette recherche en partant du texte de Richard Hoggart « La culture du pauvre », description des quartiers populaires dans les années 50.

Pour l'actualiser dans notre présent, il se font accompagner par un sociologue, Jean Constence. La matière est modelée par la plasticienne Hélène Sorin, la vision est ouverte par la photographe Fabienne Augié, l'habillage sonore est confié à Mikael Gaudé. Sans le durée engagée, ce travail d'équipe n'aurait pas pu atteindre son objectif. C'est un point essentiel dans la création et la qualité rendue au spectateur.

Aujourd'hui c'est la présentation de ce processus créatif interactif. La salle est remplie de personnes de tout âges et de toute la ville. Certains venus dans le quartier pour la première fois. Des jeunes filles voilées sont également présentes. L'ouverture du lieu sur le public de proximité et celui du centre, souvent paresseux quand il s'agit de quitter ses habitudes, semble s'amorcer après 2 ans de travail du directeur Frantz Delplanque et de son équipe.

La forme artistique proposée est complète et diversifiée car elle mêle plusieurs niveaux de réception.

Nous sommes spectateurs dans la salle à suivre leurs questionnements, en suivant le jeu des acteurs de terrain et des comédiens. Ils se fondent dans leurs expressions et portent haut les traces des travaux d'écriture. Nous sommes auditeurs attentifs à travers ces tranches de vie connues ou pas, imaginées ou découvertes.

Témoins sur nos sièges de ces expériences recueillies, nous sommes invités à nous déplacer régulièrement pour découvrir d'autres scènes d'observation de cette création. Par groupes de quinze personnes environ, nous découvrons les locaux associatifs, les centre sociaux, la médiathèque et nous récoltons des informations sur l'accompagnement proposé aux habitants du quartier, des transports aux écrivains publics, des expressions sur le vécu diurne et nocturne des jeunes avec toute sa véracité.

Les émotions enfouies se dévoilent, les souvenirs, les objets intimes, les témoignages d'animateurs de rue. Notre regard, sur ce territoire lointain et ses habitants du Nord de la ville, s'affine.

Fabienne, photographe a été chez des personnes pour les questionner et saisir les images de leur univers, les éléments de leur quotidien ou de leur passé. Chaque question mériterait une exposition à elle toute seule. Le sujet est dense et soulève de multiples questions. En la suivant, on a envie d'en savoir plus, entre esthétique et expression, elle dégage le dessous d'un iceberg.

Dans cette entrée dans l'automne, cette forme artistique interactive a mis une véritable chaleur conviviale. Elle pose et soulève tous les sujets d'actualité de la société d'aujourd'hui dans son état. Elle offre des faits, des pistes de réflexions, un patrimoine à transmettre. Nous sortons du regard médiatique, si facilement manipulateur, pour rentrer dans le vif du quotidien de ce quartier nommé "difficile".

J'entends des jeunes filles qui habitent à la Mosson, qui regrettent qu'il n' y ait pas plus de personnes du secteur pour entendre ce qui est "joué", qui est "dit". Elles souhaitent que chacun y retrouvent les éléments dynamiques et positifs. Elles même sont investies dans un projet de foot féminin qui a joué dans plusieurs ville d'Europe.

Ce quartier, anciennement appelé La Paillade, se découpe entre béton, parc et cours d'eau, La Mosson. Voilà pourquoi le quartier a été rebaptisé. Pour que ce soit " plus joli". Mais nous découvrons tous un territoire inconnu, car hormis les habitants du quartier, qui vient se promener içi? Pourtant, fut un temps, Sophie Desmarets habitait le Mas de La Paillade, là où se situe l'actuel théâtre Jean Vilar, et tout le Parisianisme mondain s'y pressait.

La proposition artistique " Le principe du truc" nous apporte tout "un tas de choses"...

Autour de pauses goûter, c'est le prétexte pour échanger sur différents sujets, sur les représentations de la culture et des lieux d'art, le quotidien içi et en dehors. C'est l'expression du désir d'envisager l'investissement des espaces publics, le marché, ou le petit centre commercial, pour aller cueillir l'écoute des spectateurs/ acteurs de terrain, là où ils sont . C'est le débat pour se donner les moyens de décloisonner l'institution du théâtre municipal où tout le monde ne s'autorise pas à rentrer.

Nous avons croisé, sur nos cheminements des spectateurs, toutes les générations: Les personnes âgées fidèles abonnées du club de l'âge d'or, les enfants précieux traducteurs de leur mère, une vieille femme qui a une mémoire "en or" de ses souvenirs d'enfant sur le trajet de l'école, le monologue d'une jeune femme qui pose sans tabou la question du religieux et de sa croissance...Toutes ces perceptions et ces anecdotes de la conception de la vie à l'époque, ou de nos jours, ne sont pas si éloignées de celles vécues, entre les mariages arrangés, les préférences des pères pour leur fils...

Nous sommes spectateurs, acteurs de nos choix. Suivre ou non les personnes qui partent en petits groupes, ou rester dans la salle de spectacle, en sachant que où que nous soyons nous raterons des scènes, mais nous le vivons sans frustration car le hasard ou l'impulsion qui se dessine devant nous construisent notre parcours, un peu comme dans l'avancée d'une vie.

Les petites lumières du final nous invitent au recueillement et laissent augurer d'autres moments comme celui ci, qui permettent à chacun d'alimenter sa curiosité sur son environnement et découvrir sans a priori les habitants des quartiers qui vivent parfois trop enfermés dans leur réputation.

Un spectacle qui est un geste collectif artistique de société, articulation dans une ville qui pourrait mettre en lien ses habitants pour mieux imaginer et construire le bien vivre ensemble. Dans ces actualités tumultueuses, des moyens pour ne pas vivre replié sur soi, avec des peurs qui verrouillent toutes pensées.

Par ce dimanche ensoleillé nous étions tous réunis dans un même rayonnement "Pailladins".

Sylvie Lefrere

" Le principe du truc" de la compagnie Primesautier au théâtre municipal Jean Vilar le 8 et 9 octobre 2016

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 10:53
Vous avez dit comment?

L'Ama-Pop, ne sonne pas comme une nouvelle abréviation opaque. C'est un concept de notre temps qui signe liberté, partages, créations, diversité des territoires, engagement des spectateurs et des artistes: " Association pour le maintien de l'artiste populaire"

Depuis quelques années nous sommes témoins de la floraison des AMAP, association pour le maintien d'une agriculture paysanne, qui nous permet de consommer des fruits et des légumes de façon solidaire en lien avec l'agriculture de proximité, limitant le trajet de la chaine alimentaire et en participant, suivant le temps disponible de chacun, à divers travaux à la ferme.

L'idée qui a germé dans la tête de Paul Marie Plaideau est dans le même principe. En la transposant dans le milieu culturel. L'artiste, la compagnie de théâtre, partagent les même préoccupations que l'agriculteur. Essayer de garder ses valeurs, tout en protégeant un savoir faire sans se faire broyer par le milieu industriel. Car oui, l'industrie culturelle existe et ne laisse plus la part belle à la création aujourd'hui.

L'Ama-Pop peut offrir des formes artistiques soutenues par les spectateurs, qui s'engagent à leurs côtés. Les lieux peuvent être divers : entrepôt, jardin, tout espace qui propose d'accueillir une soirée. Créant ainsi proximité et convivialité, sans réseau imperméable « d'experts ». Le spectateur n'est pas considéré comme consommateur, mais comme acteur. Il est adhérent et ,avec les initiateurs et les artistes, au cœur du projet.

Le 8 octobre 2016, L'entre2pots, lieu associatif Sètois, a été le premier lieu d'accueil pour l'inauguration de l'Ama-Pop. Pas de politique présent, pas de protocole, mais l'envie d'être là pour ce premier événement. La soirée était construite autour de la poésie et l'engagement féminin. Les artistes femmes dominent la soirée, ce qui est rare. Une forme de parité inversée, dans la lignée des Matrimoines.

Les textes sont crus, sensibles, mélancoliques, en légers mouvements dans leurs cordes vocales tendues. Le son de la guitare n'est qu'enveloppe de leur timbre de voix pour nous faire voyager vers de nouveaux destinataires.

Après la conférence qui a introduit la soirée, afin de poser les valeurs du projet à chaque spectateur présent, Myriam et caetera s'est tenue dans sa petite robe noire pour nous envoyer les flèches de ses mots. Elle dégage une grande force sur la scène épurée.

Nous avons ensuite quitté cet espace central pour nous rassembler dans un petit coin, regroupés de façon plus intime. Anna P. nous a dévoilé son portrait, son selfie, cash sans égocentrisme superficiel d'une simple image surjouée. L' ombre sur le mur l'a rendue géante. Ombre chinoise ou théâtre d'ombres Japonais ? Elle est tout à la fois dans cette finesse asiatique. Anna est une grande. Toute jeune mais avec un énorme potentiel. Sa voix de fée nous a soulevé d'émotion. Sa grâce juvénile est là dans ses mimiques spontanées et ses textes, petit journal d'une adulescente qui cherche le sens de sa vie, où chacun, quelque soit son âge, se retrouve.

Elle a suspendu le temps pendant sa trop brève intervention.

Nous avons à peine bougé pour retrouver l'artiste suivante : Nadège Prugnard a investi le même lieu, en le nommant « Un petit coin de paradis »

Son texte « Alcool », elle nous le déroule en nous laissant face à notre imagination. Elle est de dos. C'est son corps qui parle sans avoir la force de nous ouvrir les traits de son visage. Nous sommes des spectateurs attentifs aux moindre mouvements d'une de ses omoplates ou du pan de robe rouge qui apparaît dans le pli de son imperméable. Elle devient étendard du sexe féminin, en lutte, blessée, mais toujours debout. Nous devinons ces yeux remplis de désespoir, en quête d'un dernier verre. Nous touchons ces joues bouffies nourries par tant de mal amour.

En 45 mn nous suivons les piétinements de ses escarpins rouges. Mais elle nous fait avancer. Son histoire nous l'avons tous croisé dans un bar, sans jamais oser la questionner. Elle est femme forte en gueule et fragile dans son esthétisme. Elle est digne d'un personnage de cinéma Italien réaliste, Anna Magnani dans "Mama Roma", ou une des actrices de Fellini. Quoi qu'il arrive, elle est là, vibrante de vivacité.

Elle inverse les codes jusqu'au bout et à la fin elle se tourne pour nous saluer, pour remercier notre présence, et en dressant son beau visage d'artiste noyé de maquillage fatigué, elle souffle vers Paul Marie Plaideau, Lena, et son équipe, telle une bonne fée, des encouragements pour la belle initiative de cette Ama-Pop, qui dans "cette période trouble nous laisse entrevoir une brise d'Utopie".

L'entre2pot est devenu en quelques heures notre forêt enchantée d'un soir. " On dirait le Sud" ( nom de l'association de l'Amap-Pop)

Emma Ndobo a clôturé la programmation, nous menant doucement dans sa voix chaude vers la fin de la nuit.

Après la naissance de cette coopérative égalitaire et socialement responsable, nous sommes prêts, nomades, pour suivre d'autres soirées comme celle ci dans des marques de liberté, de partages, de créations, de diversités et d'engagements.

Sylvie Lefrere

Première soirée de l'AmaPop à l'entre2pots, à Sète, le 8.10.16

https://www.helloasso.com/associations/on-dirait-le-sud/collectes/lancement-de-l-ama-pop-cooperative-reseau-de-spect-acteurs-nomades-et-libres-3

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 18:37
Exploration artistique locale

Villeneuve les Maguelone fait parti de mes lieux préférés dans la région. Son nom résonne avec sa plage, parmi les plus sauvages, entre mer et étangs. La faune d'oiseaux nous y accompagnent. Ils ont élu domicile, hiver comme été, dans ce site protégé. Des poissons argentés bondissent hors de l'eau pour rompre le silence. La cathédrale se dresse, donnant de l'altitude à la quiétude du paysage.

Ce matin, je n'ai pas pris le chemin habituel. J'avais un rendez vous à 10h précises pour suivre

un parcours dans les ruelles du village. Nous étions un petit groupe de curieux, d'habitants, d'amis et de personnes engagées dans la construction du projet.

Patrice Barthès, danseur chorégraphe de la région, est à l'initiative de cette promenade artistique urbaine, en partenariat avec « L' Atelline » qui l'accompagne.

Chaque acteur nous présentent en introduction son plaisir de participer à « habiller » l'espace public.

Nous voilà donc partis pour 30 mn de parcours insolite, MP3 et casque auditif, tout pavillon ouvert. Dés les premier pas, la musique de Christophe Heral, nous met tous nos sens en éveil. Nous partons en voyage entre clarinette et percussions. Notre guide audio nous pose un accent sur un détail architectural, un point historique, un regard sur le ciel et les oiseaux, premiers à investir le « Territoire en mouvements ».

Nous nous retrouvons très vite dans un pas rythmé au son de la musique. Nous sommes accompagnés dans cette aventure immersive par les douces voix de Christophe et de Maud. Patrice est notre narrateur.

Nous pénétrons dans une écoute intérieure pleine, qui nous ouvre l'esprit, tournés vers le dehors. Ce dedans se remplit de sons, de sensations sur la peau. Nos pupilles sont écarquillées devant des chemins que nous croyons connaître. Puis nous sommes à attentifs au chien qui nous regarde de son balcon, souriants vis à vis du grand père que nous croisons. Le bruit de la circulation se fond dans la bande sonore, tout comme les discussions des habitants pressés dans leurs préoccupations de courses du samedi matin...

Nous sommes comme dans une troisième dimension, entre réalité, guidance et imaginaire. Tout galope autour de nous. Les noms des ruelles se suivent et nous dessinent un parcours de vie. Nous empruntons tout d'abord la rue de la bonté, puis nous suivons celle de la paix, pour retrouver celle des Ortolans, dont la chasse est interdite. Puis nous croisons celle de la jeunesse et nous glissons vers celle de l'avenir...

Nous sommes dans une aventure intérieure, rondement menée, sans se distraire un instant, moment intime tourné dans un centrage personnel et une poursuite furtive vers notre ou nos prédécesseurs, à qui nous sourions, amusés par notre soudaine perception partagée. L'interaction va de soi, sans équivoque.

Nous aurions pu suivre les consignes et monter sur le banc devant la mairie, mais nous n'avons pas osé. Se mettre en scène dans l'urbain est encore à travailler pour les amateurs que nous sommes. Nous avons besoin du temps de prendre confiance en soi ou de lâcher prise.

Après avoir humé cet air frais du milieu de la matinée, senti la douceur des premiers rayons du soleil, nous nous retrouvons à notre point de rdv, assis sur les gradins du théâtre de verdure. Il se réduit à un bloc de béton, mais qu'importe, pour nous c'est le lieu final.

Je repense alors aux bons moments passés dans ce lieu du temps du Théâtre de la Grande Ourse...

Des musiciens viennent nous rejoindre. Nous aurions pu être entrainés dans un bal effréné, mais nous sommes restés dans le dépôt de nos perceptions intérieures.

Maintenant, chaque habitant, chaque visiteur, peuvent se poster en face du petit sigle vert sur la place de l'église du village, et vivre ce parcours « Territoire en mouvements ».

Aujourd'hui nous avons besoin de nous ouvrir sur l'extérieur, et de mettre en dynamique notre créativité. L'espace urbain correspond à ce carrefour pour susciter des échanges et révéler l'esthétisme environnant. Nous avons envie d'aller plus loin dans nos désirs de vivre ensemble et de révéler des gestes artistiques, des réflexions, d'inventer des co constructions.

A votre écoute sensible et créative , le 12 novembre il y aura une nouvelle proposition à Murviel Les Montpellier, puis le 5 décembre à Sussargues. L'objectif est d'investir les différents villages de la Métropole et ainsi d'offrir une perception plus large à ses visiteurs.

Sylvie Lefrere

" Territoire en mouvements" à Villeneuve Les Maguelone, conçu par Patrice Barthès. 24 septembre 2016. http://www.territoire-en-mouvements.fr/

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 23:40
Un voyage lumineux

Il y a une dizaine d'années, quand je suis allée à Sortie Ouest pour la première fois, j'ai tout de suite pensé au fort d'Aubervilliers où Bartabas nous a offert ses premiers spectacles. Des espaces gigognes,les écuries, le coin restauration puis la salle de spectacle.

Le grand Bartabas est de retour avec son dernier spectacle. Après avoir fait le tour de différentes civilisations, il nous revient avec ses chevaux et ses premières amours.

Comment rester insensible à cet homme ? Il a un don. Celui de parler à l'oreille des chevaux. Les hommes sont tout petits à côté. Les grands chevaux évoluent quasiment seuls, maîtres de la piste circulaire. On a pu les voir dans des spectacles en totale liberté, se rouler de plaisir au sol entre une pluie centrale, dans le sable de la scène.

La musique n'est jamais bien loin, autre langage que celui de l'homme et de l'animal. Bartabas a commencé avec les sonorités des Balkans avant tout le monde, dans les années 80, il nous a fait rêver dans les musiques Asiatiques, méditer dans le son Soufi. Bartabas est un grand homme, Tantôt Centaure, tantôt dresseur de l'invisible, exigeant.

Aujourd'hui, il cherche à nous relier au ciel, aux anges, pour espérer encore atteindre notre destiné. Entre féérie et noirceur, quels anges serons nous ?

Pour ce dernier spectacle, l'homme revit. Son corps se dévoile dans la brume d'un train à vapeur. Nous quittons la modernité pour parcourir une histoire, la notre.

La voix de Tom Waits nous y invite et nous berce dans ce rêve éveillé. Nous oublions la chaleur environnante pendant ces deux heures de voyage, où nous allons suivre la succession de tableaux. Bartabas en est le grand orchestrateur. Son grand corps se déplie, se tord gracieusement. Il nous introduit au pays des valeurs humaines, où les croyances s'épanouissent librement. Les écuyers ont des têtes d'anges aux allures de Rockers aux cheveux blancs. Le temps a passé depuis les années 80 et la légèreté de cette époque s'est évaporée dans la traine de la fumée de cette locomotive sociétale. Je pense aux danseurs d'Alain Buffard, coiffés ainsi , dans « Tout va bien ». Je pense à « Kiss and Cry » de Jacquot Van Dormael et son train mécanique, petit jouet de notre enfance.

Ce soir, nous plongeons dans nos rêves d'enfants. Ceux de voltiger dans les airs aux côtés de Peter Pan, ceux de chevaucher de grands chevaux magnifiques avec la fougue des Cosaques, ceux d'être dans les aventures de Don Quichotte et de Sancho Panza.

L'esthétisme et l'humour dominent dans la grâce des chevaux et des hommes, dans la musique et les mimiques des clowns, dans la dérision d'un chant de dindons ou le vol retenu d'une oie. Nous sommes tout à la fois.

Ces anges nous escortent dans notre histoire d'aujourd'hui. Ils nous donnent une vision d'ouverture, de confiance, quoi qu'il arrive. Nos peurs prennent corps dans des grands personnages drapés sur des échasses, comme pour se distancier du réel et rester fantomatiques.

La mort rôde sous les traits de squelettes ailés, qui prient tous les saints que ce temps s'éloigne. Leurs corps osseux tintent dans un joyeux cliquetis, comme les aiguilles d'une horloge un peu folle. L'esprit d'ouverture se retrouve jusque dans la mort, dans un cimetière, où toutes les religions sont représentées, ensemble.

Le grand corps de Bartabas tangue jusqu'à l'ivresse. Celle qui nous grise et nous sauve dans les jours heureux ou complexes. Sa longue main caresse le col de chaque cheval. Une prise de soin nécessaire pour valoriser les longues heures passées à travailler pour nous offrir ce spectacle.

L'exigence de l'homme qui aimait les chevaux se trouve au cœur de ce geste. Une adresse vers celui qui donne et qui reçoit. La prise de soin dans les interactions. Le sens est là, sublime dans l'esthétisme de ces gestes artistiques si puissants.

Pendant deux heures, le temps s'est arrêté dans les mouvements circulaires des chevaux. Ces animaux nous ont ouvert une danse. Leurs corps ont chaloupé et nous ont fait valser, tanguer, vaciller...

Les gradins se sont dérobés sous nos pieds. Nous avons pris le train en marche. Nous sommes rentrés dans un processus de mutation, et nous sommes ressortis, du grand chapiteau noir , en anges blancs. Bartabas nous a élevé au dessus de nos doutes, de nos craintes. Il a redonné du sens à nos valeurs d'êtres humains.

A la fin du spectacle, le grand corps de l'ami qui m'accompagnait s'est plié dans un souffle, un sanglot. L'ange était passé et avait fait son travail. Plus rien ne serait comme avant.

Merci monsieur Bartabas, pour votre présence auprès de votre équipe. Merci Zingaro, ange noir qui a plané au dessus du troupeau de chevaux fougueux. Entre anges, démons, fantômes, nous abordons les choses nourris de toutes ces belles images.

Ce soir le ciel de Béziers a brillé d'un noir lumineux unique, qui n'était pas celui de Soulages, mais celui des anges que rien n'achève.

Sylvie Lefrere

" On achève bien les anges" Théâtre équestre Zingaro, mis en scène par Bartabas, à Sortie Ouest/ Printemps des Comédiens, à Béziers du 11 juin au 10 juillet 2016

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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 00:06
Un espace intemporel

Il était une fois... un artiste, jongleur, circassien. Son travail s'accompagne de musique classique. Ses gestes suivent le rythme régulier et mélodieux, mais régulièrement se détournent. Il est dans le jeu en permanence. Dans l’indiscipline esthétique et précise comme du papier à musique mais avec la fougue du cheval fou. Son visage est radieux. C'est celui d'un homme éclairé par son sourire doux et généreux qui témoigne du plaisir qu'il se donne et nous donne en retour. Il est accompagné par Marie Fonte, jeune femme au port de tête d'une reine. Ils sont rois dans leur art, car maitres de leur ascension, de leurs créations, de la construction de leur point de suspension, en recherche d'équilibre à l'infini.
Yoann Bourgeois est un Artiste curieux. Il pénètre dans le cercle de la danse et travaille avec Maguy Marin pendant 5 ans. Il avait déjà été marqué par Alexandre Del Perugia, pédagogue, qui pendant sa formation a ouvert ses réflexions sur l'apesanteur. Yoann est devenu une figure majeure. C'est un homme humble, passionné, à l'écoute. Il vient d'endosser le rôle de co directeur de CCN de Grenoble. Avec Rachid Ouramdane. Une étape dans son processus de création, mais qui ne sera pas son aboutissement.
Ce soir dans la grande allée cavalière, nous avons assisté à une déambulation de quatre de ses travaux. En arrivant sur le site, Yoann s'est promené dans le parc et a défini cet espace. Il aime ce travail sur l'espace.
Il nous a accueilli avec « la fugue » qu'il joue avec ses 3 balles, avec une simplicité déconcertante. Un métronome marque le temps. Ses gestes sont gracieux et précis. Il bat la mesure de façon fluide, puis s'arrête comme pour fixer ce temps, éphémère, poétique. Il nous entraine dans ce désir de mouvements en toute liberté « La petite fugue ». Son signe pointé vers le ciel nous donne de la vision . Tous ses gestes sont des mots qui bout à bout construisent un langage qui métaphorise nos sentiments.

Nous avons ensuite été invités à descendre de quelques mètres pour nous asseoir autour d'une machinerie barbare dans lequel une belle jeune femme semble prisonnière. « La balance de la lévité » Est elle une statue de la Liberté mobile ? Une femme satellite qui prend le recul nécessaire sur notre monde qui rend fou ? Elle est une poupée Copélia, aux jambes tentaculaires, qui rêvent de faire des bonds de 7 lieux ; elle est femme reliée et entravée par ses poids. Elle cherche lentement à s'en dégager, mais ses efforts sont vains et les 400kg de métal auront raison d'elle. Sa course reste un sur place et après un élan, son corps se redresse dans un dernier souffle puis ploie. Elle a été pendant quelques minutes notre proue guidante sur les chemins capricieux de vie, entre courses et lâcher prise, entre rêve et réalité...


Troisième étape, une table et deux chaises pour prouver en quelques minutes que l'amour est un jeu d'enfants. Une femme et un homme se jouent de leurs postures. Celle de la tendresse, de la réflexion, du rejet, des retrouvailles, mais pour qui le jeu est le plus fort à travers le lien qui les relient quoi qu'il arrive ? Leurs corps bataillent entre désirs de rapprochements et fuites et tout fini dans le chaos. Tout reste à reconstruire...

La quatrième partie, sera un beau final. Cet escalier, on l'avait déjà aperçu dans le parc Meric, dans le cadre de la ZAT. Pour cette fin d'après midi, Yoann Bourgeois l'a faite évoluer en la travaillant une nouvelle fois la veille. Nous assistons à une création exclusive d'un artiste en perpétuelles recherches, en mouvement. Ils seront deux hommes à nous jouer cette perpétuelle ascension, ponctuée de chutes. On ne peut ne pas penser à tous ces travailleurs qui vivent ce jeu d'aller et retour, aux combattants de la loi El Khomri...

Pour finir, un petit comité de spectateurs sont invités à se prêter à un jeu de recherche d'équilibre. Après quelques consignes, Yoann nous a offert cette perception infime de l'état de suspension. Il nous a immergé dans le titre de ce spectacle « La tentative de recherches d'un point de suspension »
Face à une personne inconnue, comment se livrer en confiance, et une fois le point de légèreté absolu atteint, comment savourer et toucher cet instant de grâce, aller à la rencontre de l'autre et de soi, presque dans un état foetal. Une façon de prendre soin de nous et de nous offrir dans cette fin de journée un lâcher prise unique. Une véritable adresse au public.
Yoann Bourgeois est un artiste unique...

Sylvie Lefrere

" Tentative d'approches d'un point de suspension" au Printemps des Comédiens du 7 au 10.06.16

Un espace intemporel
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 20:49

Ce soir là au Sonambule, à Gignac, nous sommes entourés de quatre hommes, mi anges, mi démons.

Dominique Terrieu connu dans notre région depuis un peu plus d'une dizaine d'années, qui porte le prénom de la chanson de la bonne sœur qui dans les années 60 nous a fait sourire, et qui laisse également échapper son côté diabolique, catalan, à travers son nom de scène Dimoné !

Nicolas Jules, a aussi un prénom des années 60. Le petit Nicolas nous a suivi dans les dessins de Sempé, ou le petit garçon accroché dans un nuage avec Pimprenelle. Dans les deux cas, le charme et l'espièglerie sont présents.

Réunis dans un nouveau groupe « Bancal Cheri » avec Imbert Imbert, poète à la voix enfantine accroché à sa contrebasse comme sur sa punkette préférée. Roland Bourbon, percussionniste créatif débordant de sensualité baroque. Vieux compagnons de route déjà remarqués dans un hommage à Bobi Lapointe à la fête de la musique, il y a quelques années au domaine d'O.

Nicolas Jules est apparu récemment aux côtés de Dominique lors de sa soirée de présentation de son dernier album au Rock Store. » Bien hommé, mal femmé »

Tous les deux, sont musiciens mais aussi acteurs. Dominique aime prendre des risques dans des mises en scène : La ligne Bleue où il se fait tatouer :au festival de L'Aigoual, au théâtre de la Chapelle, à la Zat. On le retrouve au côté de projet théatral avec Julien Bouffier dans « Iroshima mon amour ».

Dominique se prête à l'Escargolade à Pezenas avec des membres de sa famille, où devant des grands plats bouillonnants, il mèle chansons et performances entouré d'amis.

Nicolas a aussi un parcours de comédien dans une compagnie Théatrale.

Ce sont des hommes qui cheminent et affirment un succès certain dans la région et au delà. Ils obtiennent des prix ( Charles Cros tous les deux ( Nicolas prix coups de cœur en 2004 et prix Felix Leclerc aux Francofolies de Montréal. Dominique, grand prix révélation scène Charles Cros en 2012 et pour son album « Bien hommé mal femmé » en 2015, il est primé au Quebec aussi dans le festival international de Granby.)

Dimoné a ses fidèles dont je fais partie. D'où cela peut venir me direz vous ? Je ne suis pas fan si facilement. La présence de Dominique sur scène a une vraie valeur, car il n'y a pas de routine. A chaque fois, il nous emmène dans ses champs imaginaires et ouvrent des métaphores. Ces concerts sont de vrais moments de plaisirs interactifs d'un artiste qui est vivant dans son art de donner au public. Il ne joue pas chaque soir la même chose, il nous offre son univers unique d'un soir. Nous nous retrouvons sur une place de village, dans le temple du Rock, dans une salle de théâtre, dans un site naturel, comme les cheminées de fées du cirque de Mourèze. Nous circulons comme des spectateurs nomades à chaque fois.

Nous le gardons ensuite dans nos mémoires, comme dans un écrin et mis bout à bout, nous stockons un petit bijou qui nous poursuit.

Peu d'artiste nous laisse cette empreinte. Pour certains, il y aura eu Léo Férré, Barbara, Bashung.

En ce qui me concerne, Dimoné, est l'artiste qui accompagne ma petite musique intérieure depuis que je suis arrivée à Montpellier, en 2003. Il aura ponctué également chaque Zat, et donné un pulse ( et un plus) à chaque quartier.

Je me souviens de ses paroles presque chaque jour, comme un poème qui accompagne les émotions quotidiennes dans « soinons nos rêves » ou « Les narcisses ».

Il a quitté son petit col polo bien fermé pour nous ouvrir son poitrail velu, qui nous touche autant qu'un ourson en Mohair. Oui Dimoné, c'est comme un souvenir d'enfance. C'est notre ours en peluche de l'age de la maturité. Attention pas un objet transitionnel, juste une petite présence bienveillante qui accompagne nos jours et nos nuits, nos réalités et nos rêves.

Bancal Chéri, nous a donc présenté ses premiers accords. Ces quatre acolytes nous ont communiqué leur complicité musicale. Ils jouent, très respectueux de l'image de chacun, tour à tour. Leurs sons Rocks montent petit à petit pour nous envahir de plaisir. Les mots se glissent entre leurs notes et tricotent un maillage qui réchauffe le public de la salle. Quelques courageux spectateurs de Montpellier, ont bravé le vent glacial et sont venus étoffer cette salle de spectacle, qui gagne à être connue, à Gignac. Public amateur et curieux de suivre les artistes qui prennent les rennes de la création collective pour mieux nous surprendre! L'heure est passée trop vite. On attend avec impatience la suite.

Sylvie Lefrere

Bancal Chéri en concert au Sonambule à Gignac ( 34)

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