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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 08:58

Le festival « Texte en cours », TEC, comme ils disent. Inexorable abréviation utilisée dans notre langage moderne, mais n'oublions pas son histoire d'origine : Le «  Festival du jamais lu » de Montréal au Quebec. C'est un festival qui vient d'un pays froid pour réchauffer notre capitale Méditerranéenne. Un peuple ancestral qui vient à notre rencontre, par ce festival, pour vivifier un public et chercher à l' inscrire autrement dans son époque.

Depuis 5 ans à Montpellier, ce petit évènement discret dans la cour des grands, chemine d'année en année. D'un lieu, La brasserie du Dôme, il s'ouvre sur le territoire local. Il se joue aussi dans le centre dramatique national, Humain trop humain, le théâtre universitaire, La Vignette, le conservatoire d'art dramatique, le théâtre du Hangar, ou La Baignoire ,ancien garage particulier, dédiée à l'écriture contemporaine. Toutes les strates sont représentées, du contexte dans lequel ce festival évolue, jusqu'au brassage d'un public initié ou des consommateurs hasardeux.

L'organisation s'affine et nous assistons au développement d'un processus de création qui se joue chaque soir. L'actualité d'aujourd'hui y est palpable.

Les jeunes de moins de 35 ans, nés dans les années 80/90 sont les derniers passeurs de ces années créatives ? Certainement pas ! Ils nous remettent le pieds à l'étrier pour l'avenir. Ils ont une langue qui claque. Elle a résonné chaque soir dans les méandres de nos couloirs cochléaires. Elle nous a obligé à mobiliser nos curiosités. Seuls les médias et les institutionnels se sont tenus à distance. Dans cette période d'entre deux tours, étaient ils prisonniers de leur statut de girouettes déboussolées ? Ou blasés, perdent-ils leurs veines et leur curiosité, pour laisser place à la posture de représentation ou de copier coller des dossiers de presse par facilité ?

Pendant ce temps, la semaine de « Texte en cours « nous a joué, à nous public curieux, une musicalité douce, âpre, drôle, tonitruante. Elle a cogné avec l'intime , secoué les systèmes de la société d'aujourd'hui. Les textes ont été portés, incarnés par les auteurs eux même, dans un lâcher prise tout en retenu ou une passion joyeuse. De jeunes comédiens, en nombre plus ou moins important, nous ont offert des mises en scène enlevées. Les textes sont leur squelette et leur peau, qui les enveloppe, s'étire vers les 4 points cardinaux du plateau. Ils ont des yeux qui roulent, des regards qui foudroient, se croisent et ricochent avec nos âmes vierges. Nous ne serons plus tout à fait les même après...

Le public absorbe toutes ces émotions. Les yeux se plissent, les dents se dégagent dans les lèvres ouvertes, pour laisser s'échapper des rires, des soupirs. Les jambes font des ciseaux de gauche à droite, et les coudes se lèvent pour porter aux bouches, restées silencieuses trop longtemps , un peu d'hydratation aux muqueuses asséchées.

L'air des salles peut être chargé, dans ces atmosphères collectives. Le volume sonore est à la hauteur du niveau de l'écoute de l'émotion. Nous sommes invités à notre insu dans une ode maritime, où le souffle peut être coupé par la vague inattendue, celle qui submerge, ou nous coule sous le niveau de la mer, pour ensuite nous laisser refaire surface, basculer dans une veille légère qui nous entraine à la lisière d'un sommeil profond, dans l'espace du rêve. Nous sommes, quoi il en soit, saisis, touchés, traversés, nourris. Ce bain de mots agit comme un flot bienfaisant, qui nous plonge dans un état foetal. Nous étions tout neufs, et en ressortons transformés.

Le festival a démarré au bord d'une piscine qui se vidaient de son eau, pour arriver à nager dans la mer. Nous avons parcouru des chemins qui nous ont emmené jusqu'au Chili, pour se rapprocher de ces femmes qui vivent différemment que nous, mais qui pourtant si loin sont si proches. La lutte pour la condition de la femme est universelle. Nous sommes passés dans des discussions familiales, immobilisés sur nos chaises, la saveur de cette satanée soupe grumeleuse plein la bouche, pour mieux recracher les relations de pouvoir. La troupe de Bertrand de Roffignac nous a fasciné dans le rythme pulsatile de «  Four corners of a square with its center lost », relayé par ses comédiens présents. «  Run away » de Bronsky Beat a métaphorisé nos désirs les plus enfouis. `

Nous avons vécu un moment de grâce en découvrant Stanislas Roquette, habité par le texte de Raphael Sarlin-Joly, «  Révélant sur la grève quelques corps immobiles ». Il nous a arrêté en plein vol. Athées, ou croyants, nous avons eu la foi de vivre un grand moment, éblouis par la lumière dans laquelle l'auteur nous a guidé. Nous nous sommes retrouvés dans l'enfer de Dante pour rêver de sortir la tête hors du feu et laisser une trace sur la terre sablonneuse, si mouvante.

Les femmes autrices étaient largement représentées dans leurs histoires d'amoureuse refoulée( « Tu trouvespasque c'est beau toi, une piscine vide « de Judith Zins), de monde fantastique( « Le prince Machu et la cité des Astres » de Louise Roux), du quotidien qui tue l'amour( « Thomas » de Leila Mahi). Nous ne pourrons plus tourner la clef de la porte de la salle de bain de la même façon...Le goût de la révolution( « Le tigre du Bengale « de Camille Joviado), des histoires sur le genres sont apparus( « Nous n'avons pas vu la nuit tomber « de Lola Molina) et tous les autres Julie Benegmos, Lauren Hartley, Nicole mersey, Sally Campusano Torres et Aurore Jacob, Sophie Lewisch. Sans images chocs, l'actualité est tout autour de nous, réfléchie, donnant une vision dynamique. « Texte en cours » révèle les valeurs d'aujourd'hui portées par cette génération qui va construire notre avenir. On peut leur faire confiance quand on entend cette qualité.

Le sport a été à l'honneur pour la dernière journée. Comment donner la parole aux jeunes sans qu'ils parlent de l'un de leur sujet favori ? Le système écrasant du monde économique dans le milieu sportif sera décrit, en laissant l'espoir d'un épanouissement final( Corentin N' Dié d'Alexis Leprince). Maxime Taffanel a su posé le clou final dans l'expression de «  Cent mètres papillon ». Il a réuni la subtilité et l'humour des mots, en y mêlant la finesse et l'esthétique du geste et du corps. Nous avons été témoins de la présentation d'une création passionnée et joyeuse. Il nous a transmis ses frissons et nous pénétrerons dans l'eau, la prochaine fois, accompagné par son souffle vif et puissant.

Le festival a su introduire l'image dans l'illustration, en écoute au casque, de fragments du texte de Nicolas Girard Michelotti «  Apnée ». Une immersion que le spectateur choisit, à disposition dans un lieu au calme, pour découvrir l'univers d'un homme chassé de sa maison. Dans cette actualité autour de la migration, la poésie y trouve toute sa place pour accompagner nos consciences.

La musique a été très présente à travers la mélodie de différents instruments, de la guitare en passant par les voix. Baptiste Brunello a un peu noyé nos codes habituels, mais il a réveillé de façons ludiques nos compréhensions du monde. Rien de tel pour clôturer le festival et retrouver de l'énergie.

Le festival «  Texte en cours » nous a joué un canevas sociétal, engagé et avec une dimension politique vive. Il nous fait toucher du doigt, cette notion si souvent oubliée, que tous les possibles peuvent encore exister.

Sylvie Lefrere

«  Texte en cours » du 2 au 5 mai 2017 à Montpellier.

Texteencours.wordpress.com

 

 

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 20:13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est un jardin extraordinaire!  Alain Béhar dans sa forme humaine nous offre un plateau en friche. Sur la gauche, un amas de végétaux divers posé, là. Lui, face à nous, s'adresse au public avec une désinvolture sympathique d'emblée. Nous sommes ses complices, témoins de sa co construction avec Montaine Chevalier, elfe silencieux qui se fond dans le décor tout en étant actrice jardinière. Pendant qu' Alain nous déroule le flot de sa pensée dans un processus temps, nous suivons son travail d'organisation végétale scrupuleuse. Elle pose, dépose, jauge, chaque branchage, chaque bouquet, chaque petit pot, entre chaises et rouleaux qui se transforment en vases, en tuteurs. Tout se tient.

Nous écoutons cette histoire de science fiction qui s'étale sur des décennies jusqu'en 2041. De simples enveloppes contiennent tous ces secrets et s'égrainent au fil du temps, au rythme des saisons, de l'actualité nationale ou des territoires de proximité. Les références nous font sourire, réagir, rechercher dans nos mémoires ou notre logique, jusqu'à lâcher prise et se laisser prendre entre les filets de ses idées farfelues, mais réjouissantes et visionnaires. Nous allons cheminer de nos jours à travers l'humain complexe, jusqu'aux années dirigées par les robots.

Le foisonnement de ces pensées se relie avec la luxuriance du paysage construit savamment par son acolyte. Elle est d'un sérieux imperturbable, concentrée dans sa création. Elle écoute, imagine, et suit le fil des idées évoquées à l'oral. Son silence se percera dans un léger son, un pleur qui montera en sanglots. La perte d'un monde? La construction face à la déconstruction?

Ses yeux baissés ne nous laissent rien entrevoir pourtant de ses émotions. Elle est en marche dans son jardin extraordinaire, et le bleu lumineux de ses yeux ne s'éclaireront que lors des applaudissements.

Le paysage se dessine, et nous réveillons nos sens à travers les odeurs des végétaux, effluves bienveillantes. La vidéo se dévoile donnant de la perspective profonde au décor, tout en douceur et en subtilité.

Nous en arrivons à oublier les mots du texte qui nous bercent dans nos pensées ouvertes comme la dilatation de nos pupilles. Nous sommes dans un rêve éveillé de Lewis Carroll.

Alain et Montaine nous rendent chaque minute, chaque heure, chaque jour, chaque année, plus clairvoyants. Tout se construit à notre insu pour notre plus grand plaisir. Le temps passe, sans que nous sentions la pesanteur. Tout devient léger et nous révèle l'évidence. De la friche, né un monde à construire, à travailler, à créer, à cultiver.

Ce soir, nous sommes sur le chemin des vagabonds de notre avenir.

Sylvie Lefrere

" Les vagabondes" d'Alain Béhar à Humain trop Humain Trop Humain CDN de Montpellier du 1er au 3 mars 2017

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 22:37

J'ai tout d'abord aperçu sa silhouette. Elle m'a tout de suite séduite. Je suis devenue une enfant incapable de résister. Il a touché mon épaule et tout mon corps a vacillé.

Il est le port où je veux m'amarrer. Je suis devenue  sirène. Celle qui happe. Mes cheveux flottent, anémone de mer dans laquelle il peut se noyer. 

Le labyrinthe de la relation s'est ouvert à nous. Ce grand corps est une montagne que j'escalade. La pulpe des doigts effleure ce col, pour ensuite partir en glissade de frissons. Tous les creux de son corps sont des petits lacs glacés près des os et chauds entre les plis. Les amas de poils sont des tapis doux où chaque boucle devient ressort de sensations.

Ce corps ouvre tous les possibles: Un port, havre de paix, une victoire d'ascension en altitude, un champ d'exploitations. Cette peau, j'en prends soin, agricultrice de terreaux. Je trace des sillons, je retourne les chairs, je sème, j'imprègne, j'inscris. L'empreinte de ce corps sera gravée dans ma mémoire. 

Il réunit à lui tout seul tous les éléments de la nature. L'air qu'il diffuse par son souffle chaud qui ouvre mes voiles, l'eau qui laisse circuler les fluides qui nous relient, la terre qui offre cette matière émergente et qui grandit, le feu qui active la joie insouciante, constructive jusqu'à épuisement. Oui, ce corps m'épuise par sa densité. C'est un roc. Il nous élève en altitude, nous suspend sur ses crêtes, en nous laissant en équilibre la tête dans le vide.

Il est un monde à lui tout seul qui fait voyager. Sa carcasse recouverte de peau douce, pileuse, granuleuse, accompagne nos soifs de découvertes. Il restera une charpente qui englobe dans sa force et sa fragilité. Toutes les tempêtes vont souffler et éprouver cet amour des corps. Elles vont nous mettre à terre. Sans cesse, nous allons battants nous relever. Affaiblis par un doigt en moins ou un infarctus, mais toujours le corps et le coeur vibrants l'un pour l'autre.

Un filet de lumière apparait. Il fouille dans le fond de ses poches et sent le métal glacé sous son ongle. Il enclenche le barillet du verrou, puis enfonce les dents incisives de la clefs. Il donne un mouvement de rotation tout en appuyant, comme une fermeture de coffre fort. La porte ne grince pas, seul le bas frotte légèrement. Un son net claque.

Ma nuit est finie.

Sylvie Lefrere

29 janvier 2017

 

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 21:56

Je ne suis pas sortie de ma nuit. C'est le moment que je préfère. J'attends que la nuit tombe toute la journée. Goût de fête ou de calme, au choix. L'obscur laisse la liberté de se dévoiler au grand jour. Exubérance ou retrait. Le temps s'étire sans contrainte.

L'agitation s'apaise ou s'anime par ilots. Des petits continents où les ombres éphémères, volubiles, apparaissent pour disparaitre. Elles font leur cinéma. 

L'éclat des lumières attire, minimaliste, pour exploser de couleurs. Les yeux prennent une autre teinte, celle de la brillance où la pupille se dilate. Tout se dilate. Les émotions, les conversations. Les corps se rapprochent accoudés contre un bar, sur une piste de danse, enfoncés dans un canapé, glissés dans un lit.

Les lieux publics nous invitent à sortir dans la nuit. Nos corps s'habillent de paillettes ou de noir suivant nos humeurs. Enveloppés dans nos couches protectrices, nous nous dévoilons, laissant apparaitre un bras, un décolleté, un murmure.

Je ne suis pas sortie de la nuit car elle est sans fin. Je n'aime pas décider sa limite. Le temps s'y coule, fluide. Les contours dessinent cet espace de liberté, de tous les possibles, publics ou privés.

J'aime à fermer les yeux et laisser le corps lasse. Ressentir la perception fine d'un aveugle. Le toucher devient un outil d'exploration de nouveaux territoires. Le bois lisse d'une rampe d'escalier, le métal glacé d'une clef, le pli d'un draps en lin, le creux d'une omoplate, la finesse d'une cuisse. Tout est relief à deviner.

La nuit, les corps deviennent des montagnes, des champs, des océans, et quand le jour pointe il laisse un goût de sang amer. Je suis un vampire nourrit par tant de plaisirs, à aborder l'éclat des jours bruyants et patienter que la vie de la nuit me reprenne du monde des vivants. 

Dans mes tempes cognent " Attend, et respire".

Sylvie Lefrere

 29 janvier 2017

 

 

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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 21:36

Après un atelier d'écriture au théâtre Jacques cœur, sur le thème du désir, accompagné par l'auteur David Léon, ma tête et mon cœur se sont remplis. Remplis à éclater. Des mots ont jailli du groupe des amis de Jacques Coeur présents cet après midi, et l'émotion a été à son comble. L'histoire amoureuse de chacun a été là. Elle a débordé au rythme de la pluie dans les caniveaux, interprétée de façon si variée et si dense. David Léon a su les révéler, les écouter, par ses silences qui nous en ont dit long.

Nous avons continué de cheminer, après cette journée d'écrits, à La Baignoire, lieu d'écriture contemporaine de Montpellier.

Là, nous attendaient le comédien orateur, Eric Colonge, accompagné de la guitare du musicien Patrick Soletti. Tous deux magnifiques interprètes. Le tout orchestré par la finesse du regard du metteur en scène et maitre du lieu, Béla Czupon.

Le texte de David a commencé lentement, comme une cérémonie. «  De terre de honte et de pardon » va dévaler dans notre circulation sanguine.

Son intimité familiale va se jouer devant nous, cognant à chaque battement dans nos intérieurs, entre réalité et texte biblique qui sert de liant. La cellule familiale se referme sur chacun. Ils sont prisonniers de leur mémoire. L'ancienne jusqu'à celle d'aujourd'hui.

Ils sont marqués au fer rouge dans leur chair, leurs écrits, leurs actes désespérés.

De la poussière et des moutons se tisse le paysage. Les livres dérobés en cachette et l'écriture dans un petit carnet imagent cette histoire familiale unique, entre amour et folie.

L'amour et le désamour se combattent à nu dans ce paysage breton. Les animaux et la végétation entourent cette jungle implacable.

De la vase tout remonte à la surface. La beauté d'un enfant, la dureté d'un père, l'absente présence d'une mère, la disparition brutale de « petit père » surnom du petit frère, l'éloignement de la grande sœur.

Le voyage infernal de cette famille est accompagné par les sonorités de la guitare de Patrice, locomotive filtre émotionnel, tintement des cloches d'une messe annoncée, symphonie mortuaire.

Les larmes d'Eric vont s'échapper au rythme des mots. Il ravale sa respiration pour nous donner à entendre la langue de David. Son visage se tord pour appuyer le martèlement des images anciennes, mêlées au passé encore si présent.

Un vrombissement étouffé clôture la performance. Tout est silence, et pourtant les spectateurs restent caisse de résonance, écho intime des mots assourdissants, chambre de petites musiques de nuit. La pluie tombe sur le trottoir et lave nos frissons.

La terre, la honte, et le pardon, nous les portons tous un peu en nous. Empreinte indélébile à l'encre noire.

Sylvie Lefrere

 

" De terre de honte et de pardon" de David Léon à La Baignoire à Montpellier le 27 et 28 janvier 2017

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 14:53

La nouvelle année est fêtée comme une renaissance, un commencement autre.

Mettons nous dans la peau d'un bébé qui vient au monde. Tout à coup, il respire et ouvre grand ses poumons. Il ressent l'air frais pénétrer dans son être, glisser sur sa peau. Il entend soudain plus nettement les bruits du monde extérieur. Il a eu des perceptions dans le ventre de sa mère, un peu assourdies. Il a entendu sa voix, dont le corps a été une grande caisse de résonance. Le bébé a vécu " L'effet mère" dans ce ventre. Il a été bercé dans ce concert en live permanent, et  a fait ses premiers pas de danse dans ce bain amniotique. Au milieu des tonalités plus graves du père, des bruits de la ville.... La musique lui est apparue dans ces premières notes socio-urbaines.

Cette alimentation utérine est la clef du lien complice enfant/parent. Mais elle n'ouvre pas toutes les portes de la communication. Celle des " Si", des " La", est une gamme à composer dans le temps.

La musique nous suit dés cette naissance, à travers ses sensations, les musiquettes des jouets, des petits bouts de bois frappés. Les bandes sonores des dessins animés élargissent nos découvertes. Vous souvenez vous du" Livre de la jungle"? Du générique de "l'Ile aux enfants", des séries télévisées " Amicalement votre" ou " Vidocq"? La musique engage le mouvement, la verticalité, la relation aux autres, le geste esthétique, la danse.

Passés les premiers pas, à l'adolescence, la musique nous colle à la peau et la danse se prolonge dans des frôlements. Mélancolie, émois amoureux ou rebelles  de  Ten CC à  Joy Division, les chemins se dessinent. La musique nous accompagne dans toutes ces étapes de vie. Les oeuvres de Bashung, Gainsbourg, Bowie, nous ont suivi dans nos quêtes et elles continuent de vivre en nous après leur disparition. Ils sont " les inéffacés". 

La musique, tourbillon de la vie. Je la reconnais, je l'écoute, je la perd de vue, pour la retrouver, me réchauffer et ne plus la quitter. Qui ne frissonne pas dés les premières notes associées à un bon moment? Le craquement du micro sillon n'est pas mort. Il tourne dans nos têtes devenues bal permanent.

Les concerts live sont le moyen de transcender cette écoute musicale, car tout à coup le corps vibre face aux musiciens. Nous retrouvons nos sensations de nourrisson. Une rencontre du vivant, de l'humain, primaire et douce, celle qui recentre et en même temps ouvre un plaisir collectif partagé.

Les pianos dans les espaces publics, dans les gares par exemple, sont un signe de ce besoin d'ouverture. Il est offert la possibilité, si l'envie chante, de s'exprimer et de créer des interactions.

Je me souviens encore de l'exposition de Sophie Calle sur sa mère " Monique". Elle avait mis en scène le mot " Soucis", dernier mot de sa mère. Les oeuvres plastiques m'ont soufflé le son de ces syllabes et elles tintent encore à mes oreilles....

La musique, ritournelle motrice de la vie. De la naissance par le premier cri, jusqu'au dernier soupir.  2017, ne sera pas l'année du silence!

https://www.youtube.com/watch?v=w23I5aRnJK0

Sylvie Lefrere

 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 23:37

https://www.youtube.com/watch?v=8n9Jl6DGoEQ

Coluche chantait «  Misère» en 1978... Depuis, la «  Misère « n'a pas cessé de croitre, comme un virus qui commence à sourdre depuis trop longtemps. Elle se répand sur le trottoir, dans les escaliers d'immeuble, dans le métro. A cette époque, nous portions un regard, donnions une pièce, une cigarette ou un sandwich, mais actuellement, la plus part continuent leur chemin sans sourciller. Je me souviens de ces familles qui dormaient en plein hiver près de la place de la Bastille, serrés l'un contre l'autre, dans un lit de fortune qui était bien loin des châtelains du moyen âge... Les services sociaux, d'hébergements, sont débordés. Devant l'augmentation de la pauvreté, trop peu de professionnels formés pour les accompagner. Des postes à créer, mais sans réelle volonté politique, qui préfère afficher les résultats chiffrés de constats, avec trop peu de moyens développés. Les structures pour les accueillir de suffisent plus. En face, la montée du populisme, du chacun pour soi, du repli sur son territoire. La représentation de verrous sociétaux menaçants,  devant l'inertie ambiante.

Les créations artistiques tentent de se saisir de ces sujets. Marie Eve Signeyrole, artiste en résidence sur trois ans, nous a proposé « Soupe POP » à l'Opéra Comédie. Une création au cœur du temple de la bourgeoisie. On peut penser à un bouleversement des codes. Elle a choisi la carte immersive pour les spectateurs, puisqu'ils sont assis autour de grandes tablées, aux côtés des comédiens pour créer une atmosphère plus véridique. 

Sur le plateau, en allée centrale, nous regardons défiler tous les profils possibles de marginaux, vivant ainsi par choix, ou suite à « des accidents de parcours ». Sébastien Lenthéric joue un transsexuel, personnage exhibant sa fragilité et affirmant sa clairvoyance brillante.

Julien Testard, doté d'un accent Belge, est saisissant dans son rôle de rustre en quête d'affection.

Le jeu de tous ces artistes est orchestré avec brio par les notes du groupe Anglais «  Tiger Lillies ». Comment ne pas céder au timbre de voix de Martyn Jacques et au charme désuet d'Adrian Stout... Ils nous entrainent dans une autre époque. Dans la période des cabarets des années trente, où le goût de la fête régnait, dans un fond de crise qui se dessinait. Le chantier des conflits à venir se tramait.

Dans cette salle des opéras fastueux, garnie de dorures et de velours, que faisons nous ? Nous sommes aveuglés par ce qu'on veut bien nous montrer ? Bien au chaud, pendant que d'autres se gèlent dehors ? Les comédiens, mes voisins de table, sont habillés comme dans un opéra de quatre sous, mais ils se frottent aux élus présents, aux paillettes, de certains, sorties pour l'occasion...C'est une sorte de secours populaire? Le terme "Soupe Pop" sonne tout à coup comme une marque d'Open Store.

Le public est malgré tout brassé, et c'est tout à l'honneur de la nouvelle directrice de l'opéra, Valérie Chevalier, qui offre une programmation ouverte sur de nouvelles formes de création.

Le piège de ces pièces immersives, est qu'elles nous positionnent là où elles le veulent bien. Nous sommes en représentation d'acteurs, mais à aucun moment la parole nous est donnée. Nous sommes tenus à distance dans une illusion de proximité.  Pour certains c'est  une façon d'être voyeur, détaché de son écran de télévision, qui déshumanise et banalise la conjoncture sociale actuelle.

Pendant ce spectacle, je me surprends à regarder le public autant que les artistes. Oui, le spectacle est partout. Mon voisin, la personne qui sert la soupe ou le café. Mon regard est partout, mais cet état me met mal à l'aise, car il donne l'impression de ne pas être au bon endroit et d'être figée, sans réelle réflexion. Dans un état de passivité, alors que cette situation appelle la pensée complexe.

Le lendemain, le hasard, si il y en a un, m'entraine découvrir le travail de la compagnie «  La Hurlante » pour « Je vous l'avais promis ».

Le spectateur quitte les théâtres pour se déplacer dans un appartement, lieu de plus en plus répandu, pour faire découvrir des petites formes de création.

C'est une pièce au processus immersif, mais  subtil, car nous sommes  absorbés au fur et à mesure par les acteurs. Ils nous rendent observateurs de l'intimité de Mathilde, une jeune femme isolée socialement, qu'une maladie immobilise chez elle. Nous rentrons dans son quotidien, ses coup de cafards, ses crises de nerfs. Puis son aide de vie rentre dans l'appartement...Pierre. Et tout va basculer. La promesse va dévoiler un engagement, une mise en scène qui pourrait être une mascarade. Mais il n'en ai rien. Ils vont nous prendre au piège de cette famille et nous introduire dans un événement affectif important. Le groupe de spectateurs, réduit à une douzaine de personnes, se retrouve tout à coup relié de façon complètement surprenante, et à jouer le jeu avec tendresse. Cette solitude, cette histoire familiale, ses doutes, ses souvenirs...résonnent en nous.

Nous sommes rebaptisés, en bouleversant les genres. Nous découvrons peu à peu qui est qui, dévoilé dans ce qu'il aurait pu être, dans un autre genre reconnu. Tu es, elle est, nous est un autre. Les membres de cette famille recomposée innovent dans leur composition d'acteurs, les yeux humides, sourire aux lèvres, les gestes doux et respectueux. 

Puis la fête se finit, pas d’applaudissement, les comédiens, Caroline Cano et Fred Munoz, nous raccompagnent sur le seuil de la porte. «  Au revoir, et à bientôt » Nous nous retrouvons dans le froid, un peu déstabilisés,  touchés. Ce travail a de la force dans son épure, et nous a mis en mouvement, physiquement et sur le plan de notre imaginaire et de nos émotions.

Nous avons envie de revoir les comédiens pour échanger, mais ils nous abandonnent. L'un part en courant après son tram. Son travail d'aide à domicile est fini, et nous imaginons qu'il fuit la schizophrénie de la situation...La réalité reprend le dessus.

Et Mathilde, nous l'imaginons dans sa robe à paillettes, entrain d'écouter sa radio préférée hurler.

Une tranche de vie s'est fermée. Une autre facette de la solitude et de la pauvreté sociale. Elle n'est pas seulement économique, mais aussi humaine.

Sylvie Lefrere

"Soupe Pop" de  Marie Eve Signeyrole à l'Opéra Comédie de Montpellier du 11 au 18/12/16

" Je vous l'avais promis" de la compagnie la Hurlante le 18/12/16 dans un appartement du  quartier des beaux arts à Montpellier.  le 13 janvier à Sumène 
et le 14 et 15 janvier à Montpellier. 

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 22:48

Un titre comme un rébus. La suite nous a entrainé bien au delà du simple souffle...

Dés les premières minutes, les rires des enfants sont audibles dans la bande son de la scène. Sur les sièges du théâtre, les enfants sont attentifs, balançant un peu les pieds contre les dossiers, le temps que leur corps s'apaise.

Le petit et le grand sont là, en être vivant et en ombre chinoise, reliés en un duo qui ne fait qu'un.

Dés les premières minutes, on goûte à la qualité de ces deux artistes : Fabien, danseur circassien d'une grande grâce, et Olivier, musicien, curieux boulimique de multiples sonorités.

Les scènes se succèdent comme des tableaux. Une finesse créative envahit le plateau. Nous sommes témoins de ces idées lumineuses. Les fils dansent et tournoient comme les manèges du 19ème siècle, mais déroulent toute leur modernité quand les couteaux, après avoir été carillons, deviennent des danseuses légèrement vêtues. Nous oscillons dans les pas de Fabien, qui se faufile, sans faute, au milieu de leur ballet mobile. Puis, il nous cloue sur place par la précision de leur chute. Il les met de côté, comme un cuisinier, qui prépare son plat par étape. Les danseuses au corps d'acier, reposent sur leur longue planche.

L'ombre de Phia Ménard plane quand il joue entre parapluie et sac en plastique. Mais nous quittons vite "l'après midi d'un foehn", pour rencontrer une méduse échevelée et un parapluie à la respiration reproductive. Elle sera propulsée par le souffle du voyage, métaphorisé par une valise. L'objet prend des formes de locomotive fumante, faisant des ronds de fumée de cigarette géante.

La créativité du cirque à l'ancienne apparaît dans la symphonie créée par le frottement des bords de verres. Un chant de Sirènes...Les enfants pourront rêver avant de devenir de simple buveurs.

Le spectacle est basé sur les notions du pas et du grandir. Les deux artistes, nous écartèlent de tous les côtés. Nous ouvrons nos yeux, nos oreilles toutes grandes. Nous observons la taille à rallonge de leurs bras, les rythmes de leurs doigts qui s'étirent.

L'équilibre entre petits et grands se joue sans cesse. Nous retenons notre souffle de peur qu'il ne tombe. Mais il tient et se lâche en tournoyant. D'un clin d'oeil enfantin «  moi, j'm'en balance... »

Les mobiles ouvragés, sortes de poissons scintillants, ou planètes dans leur halo, suivant l'intensité de la lumière, évoluent dans une tonalité Asiatique.

La fine planche des danseuses d'acier est soulevée par les épaules puissantes de Bastien, qui l' emmène vers d'autres traversées, petite pirogue qui accompagne ce voyage du grandir.

Sylvie Lefrere

https://vimeo.com/182910759

"" 24: 42" ou le souffle du mouflet" de la compagnie Blabla productions, au théâtre d'O du Domaine d'O, à Montpellier le 7, 10 et 11/12/16. Au Chai du Terral à St Jean de Védas le 13 et 14/12/16.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 02:01

Le 7 janvier 2015, nous étions Charlie.

Le 8 décembre 2016, nous découvrons l'univers de Charlie Bonallack, artiste Anglais, dont l'atelier est installé à la Friche. C'est une ancienne scierie. Quand elle a fermé, la propriétaire a voulu y accueillir des artistes. Charlie y est installé et nous présente cette semaine ses nouvelles créations.

Aujourd'hui, alors que la ville grouille de promeneurs, je préfère contourner ce paysage bouché, passer par des chemins de traverse jusqu'à l'exposition.

Charlie est un artiste peintre, qui fait un travail unique. Il peint ce qu'il voit sur des photos anciennes et les réinvente sur de fines plaques de céramique. Elles ne sont pas toutes planes. Elles peuvent avoir un angle qui remonte légèrement, elles peuvent s'appuyer l'une sur l'autre un peu comme le début d'une structure de château de cartes, elles peuvent être partiellement brisées. Elles peuvent être imparfaites.

Quand je suis arrivée, le lieu était d'un calme inespéré, après la  traversée difficile du centre ville en vélo, sillonnant entre les passants qui errent à la recherche de leurs objets de désir.

Mon désir, c'est là que j'ai pu le combler. J'ai été invitée à pénétrer dans la salle d'exposition, seule, et j'ai pu en profiter pleinement.

Je suis rentrée dans une salle noire, discrètement lumineuse. Un laboratoire de développement de photos ? Non, un laboratoire lumineux aquatique...L'éclairage se limite à de simples trios de petites torches au dessus de bassines remplies d'eau. Nous sommes en état d'immersion.

La musique s'est révélée et m'a lentement enveloppée. Un morceau de piano tourne en boucle, ponctué de son de vagues. Pourtant rien ne bouge. Seul mes pas sont en mouvements. Ils sont feutrés. Une envie d'être respectueuse, dans un silence religieux intime. Car l'univers de Charlie nous plonge dans notre propre histoire. Je tourne autour des pièces d'eau. Je suis aimantée par les petits faisceaux lumineux centrés sur les photos. Non, ce sont des peintures, mais aussi précises que des clichés. Curieuse, pour mieux regarder celles qui sont à fleur de l'eau, et les autres plus ou moins engloutis. Je m'accroupis et observe attentivement, plus près, fascinée par ce qui s'y révèle. Les oeuvres de Charlie attirent l'oeil. Elles excitent le nerf optique, qui se tend dans la pénombre, grotte utérine qui réveille des sentiments de déjà vu. "Cette femme, me ressemble". "Ce paysage, je le reconnais". "Cette plaque cassée en deux pourrait être mon grand père"...

Mon visage en s'approchant reçoit une éclaboussure, comme pour interrompre ma rêverie. Je regarde le plafond. Il est rempli de seaux d'eau percés. Des gouttes aléatoires tombent. Petite musique discrète, complémentarité qui ponctue la réflexion. Les ondes se reflètent au dessus de ma tête. C'est mon ciel et ses étoiles. Je me rêve une nouvelle fois sirène, baignant dans un univers aquatique lumineux. Un nouveau cycle... Je sens une autre goutte, mais cette fois ci c'est une larme. L'émotion me submerge.

Cette salle devient tout à coup un réceptacle épuré de l'histoire intime. Un peu la mienne, mêlée à celle de chers inconnus, disparus pour certains. Un antre qui donne de la visibilité à une forme de passé, tenu par un fil. Les fils tendus de la communication, ceux qui relient et font avancer.

L'eau, élément vital, est le moteur de ce cycle, qui circule avec parcimonie. La lumière guide notre regard et le rend plus perçant, comme celui d'un félin.

Charlie forge nos cristallins pour les rendre plus fins. Il peint notre moment présent. Il renforce notre sensation d'être. Le futur peut se voir dans la globalité de son œuvre. La mise en scène de son travail est non seulement esthétique, mais elle change nos positionnement de spectateurs : Nous tournons, prenons du recul, nous nous mettons à genoux, nous nous questionnons... Il nous met en dynamique physiquement et intellectuellement.

Dans cette atmosphère aux accents Japonisants, l'invitation à la méditation est palpable. Le trouble nous envahit...

Cette exposition nous met face à une œuvre complexe dans sa sobriété. Elle est dépouillée et nous dit tout à voix basse.

Sans un bruit, Charlie rentre dans la pièce et commence a développer sa passion. La pièce voisine, décorée en salon d'un autre temps, est remplie de ses travaux, imbriqués dans des supports variés en bois, en métal.

Dans un coin, une valise contient les photos originales. Je les regarde. Je les reconnais, mais je ne peux oublier les images qui flottaient quelques minutes auparavant. Elles n'ont pas coulé dans mes souvenirs. Elles restent imprégnées...pour longtemps. Elles restent ma vague créative.

Sylvie Lefrere

"LOOPdivers", exposition des travaux de  Charlie Bonallack à La Friche de Mimi à Montpellier du 8 au 15/12 de 14 à 18h.

 

 

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 09:32

 

Il y a quelques mois, nous étions venus, en fidèles, à trois soirées d'affilées, pour découvrir la vision de Markus Orhn du Nouveau Testament. Les différentes étapes s'étaient déroulées dans leurs outrances. Nous avions été assourdis par le son, embrumés par la fumée, secoués par des membres fracturés, quasi étouffés par la terre, pour finir accueillis, ou pas, sur le plateau pour partager un verre. Nous étions des spectateurs transformés en apôtres.

De nos jours, la religion est omniprésente, et pourtant des générations ont bien peu de références sur cette culture. Markus Orhn, nous donne à voir sur cette origine du monde pour interpréter différemment ce qui nous entoure. Nous quittons notre enveloppe de rejet vis à vis de cet ouvrage qu'est la bible.

Son processus de création nous positionne dans une succession de moments uniques, car les douze volets présentés sont joués une seule fois. Il prolongera ensuite le travail dans d'autres villes. A travers ces expériences éphémères, Il nous entraine dans un tout. Nous sommes reliés avec les spectateurs des autres pays où il se produira, observateurs qui vivent le présent, dans une cohérence accompagnée, et qui acceptent une part d'inconnu dans la perte.

Cette deuxième partie a commencé par une promenade en extérieur.

Eclairés par deux guides, nous avons cheminé entre forêt et asphalte. Le contexte de la première partie a été reposé par la présentation des différentes créations, des animaux, de l'homme, de la femme ...

Dans le froid de la nuit, nous nous sommes groupés en meute silencieuse, à l'état animal, l'odorat saturé par les effluves d'humus. Sous un halo de lumière pointé, recueillis, nous avons forcé notre regard de chasseurs pour rechercher les différents acteurs, le renard, la belette, le serpent, l'arbre de la connaissance...Dans cette écoute attentive, nous sommes revenus vers la vie sociale, à l'arrière du théâtre. Pour nous aider à déposer nos sens, un verre nous a été offert. Le liquide est venu hydrater et fluidifier nos perceptions de la matière présentée. Une pause nécessaire avant d'entrer dans le ventre vif de l'histoire.

Les codes sont bouleversés. Le spectacle commence dehors, puis nous pénétrons dedans à l'arrière du plateau. Markus Orhn renouvelle notre positionnement de spectateurs.

Le noir nous accueille, debout, derrière une corde. Nous respirons une nouvelle odeur. Elle est forte. Inconnue, elle réveille un connu primaire. Celui de la chair morte. La limite tombe et nous pénétrons en toute liberté. Observateurs, voyeurs, acteurs. Nous sommes dans un espace dépouillé, mais qui pourtant nous remplit. A nouveau tous nos sens sont sollicités, accentuant ce réveil nécessaire. Une clarté blanche nous aveugle pour aiguiser la finesse de notre regard, pour une meilleure visibilité pour la suite. Nous retrouvons les sonorités d'une langue inconnue qui claque dans le micro, mêlée au souffle d'un supplicié silencieux sous le fouet ou le scalpel. Performance unique, sur le corps sans genre précis, homme/femme. Seul le cuir noir gaine sa chair en seconde peau.

Nous sommes témoins de scènes en direct et à l'image. Perméables à ce qui se déroule sous nos yeux et dans une distance zoomée à l'écran.

Le monstrueux devient sens esthétique. Nous nous fondons dans cet univers qui nous aspire.

La mécanique du metteur en scène est diabolique. Nous prenons conscience que le champ où il nous entraine épouse notre histoire. D'hier, d'aujourd'hui et tente dans l'avenir de nous donner de l'énergie pour demain. C'est l'enfer autour de nous et pourtant... ce soir, il nous laisse seul pour imaginer la suite, car il repart continuer sa création sur d'autres territoires.

Il nous offre une matière dense. A nous de l'intégrer, de la façonner et de tenter de la créer.

Nous  sortons de nos guerres fratricides, et réalisons que "la bête" n'est jamais morte. Sa carcasse est déposée, linceul, sur les corps encore fumants. Les ailes des anges ouvrent la découverte de la tour de Babel qui devient entre ses mains un échafaudage chaotique, construit malgré tout, mais fragilisé par la force du collectif. 

La scène s'étire jusque derrière la régie, où est posté un groupe de magiciens fantomatiques, maquillés à l'image des acteurs performers.  Sont ils les vampires de nos âmes?

Nous sortons pales, déboussolés, dans l'impossibilité de nous quitter. Nous avons besoin de parler de ce dont nous venons d'être témoins. Presque un désir de refaire le monde...

Markus Orhn a eu cette capacité de nous rassembler à chaque instant. Sa démarche artistique est  diablement complexe, bouleversante, innovante, puissante. C'est de ce type de création dont nous avons besoin. Sa complexité nous met en mouvement.

Sylvie Lefrere

"To walk  the infernal fields" de Markus Ohrn le 3 decembre 2016 au CDN HTH à Montpellier.

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