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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 14:53

La nouvelle année est fêtée comme une renaissance, un commencement autre.

Mettons nous dans la peau d'un bébé qui vient au monde. Tout à coup, il respire et ouvre grand ses poumons. Il ressent l'air frais pénétrer dans son être, glisser sur sa peau. Il entend soudain plus nettement les bruits du monde extérieur. Il a eu des perceptions dans le ventre de sa mère, un peu assourdies. Il a entendu sa voix, dont le corps a été une grande caisse de résonance. Le bébé a vécu " L'effet mère" dans ce ventre. Il a été bercé dans ce concert en live permanent, et  a fait ses premiers pas de danse dans ce bain amniotique. Au milieu des tonalités plus graves du père, des bruits de la ville.... La musique lui est apparue dans ces premières notes socio-urbaines.

Cette alimentation utérine est la clef du lien complice enfant/parent. Mais elle n'ouvre pas toutes les portes de la communication. Celle des " Si", des " La", est une gamme à composer dans le temps.

La musique nous suit dés cette naissance, à travers ses sensations, les musiquettes des jouets, des petits bouts de bois frappés. Les bandes sonores des dessins animés élargissent nos découvertes. Vous souvenez vous du" Livre de la jungle"? Du générique de "l'Ile aux enfants", des séries télévisées " Amicalement votre" ou " Vidocq"? La musique engage le mouvement, la verticalité, la relation aux autres, le geste esthétique, la danse.

Passés les premiers pas, à l'adolescence, la musique nous colle à la peau et la danse se prolonge dans des frôlements. Mélancolie, émois amoureux ou rebelles  de  Ten CC à  Joy Division, les chemins se dessinent. La musique nous accompagne dans toutes ces étapes de vie. Les oeuvres de Bashung, Gainsbourg, Bowie, nous ont suivi dans nos quêtes et elles continuent de vivre en nous après leur disparition. Ils sont " les inéffacés". 

La musique, tourbillon de la vie. Je la reconnais, je l'écoute, je la perd de vue, pour la retrouver, me réchauffer et ne plus la quitter. Qui ne frissonne pas dés les premières notes associées à un bon moment? Le craquement du micro sillon n'est pas mort. Il tourne dans nos têtes devenues bal permanent.

Les concerts live sont le moyen de transcender cette écoute musicale, car tout à coup le corps vibre face aux musiciens. Nous retrouvons nos sensations de nourrisson. Une rencontre du vivant, de l'humain, primaire et douce, celle qui recentre et en même temps ouvre un plaisir collectif partagé.

Les pianos dans les espaces publics, dans les gares par exemple, sont un signe de ce besoin d'ouverture. Il est offert la possibilité, si l'envie chante, de s'exprimer et de créer des interactions.

Je me souviens encore de l'exposition de Sophie Calle sur sa mère " Monique". Elle avait mis en scène le mot " Soucis", dernier mot de sa mère. Les oeuvres plastiques m'ont soufflé le son de ces syllabes et elles tintent encore à mes oreilles....

La musique, ritournelle motrice de la vie. De la naissance par le premier cri, jusqu'au dernier soupir.  2017, ne sera pas l'année du silence!

https://www.youtube.com/watch?v=w23I5aRnJK0

Sylvie Lefrere

 

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 23:37

https://www.youtube.com/watch?v=8n9Jl6DGoEQ

Coluche chantait «  Misère» en 1978... Depuis, la «  Misère « n'a pas cessé de croitre, comme un virus qui commence à sourdre depuis trop longtemps. Elle se répand sur le trottoir, dans les escaliers d'immeuble, dans le métro. A cette époque, nous portions un regard, donnions une pièce, une cigarette ou un sandwich, mais actuellement, la plus part continuent leur chemin sans sourciller. Je me souviens de ces familles qui dormaient en plein hiver près de la place de la Bastille, serrés l'un contre l'autre, dans un lit de fortune qui était bien loin des châtelains du moyen âge... Les services sociaux, d'hébergements, sont débordés. Devant l'augmentation de la pauvreté, trop peu de professionnels formés pour les accompagner. Des postes à créer, mais sans réelle volonté politique, qui préfère afficher les résultats chiffrés de constats, avec trop peu de moyens développés. Les structures pour les accueillir de suffisent plus. En face, la montée du populisme, du chacun pour soi, du repli sur son territoire. La représentation de verrous sociétaux menaçants,  devant l'inertie ambiante.

Les créations artistiques tentent de se saisir de ces sujets. Marie Eve Signeyrole, artiste en résidence sur trois ans, nous a proposé « Soupe POP » à l'Opéra Comédie. Une création au cœur du temple de la bourgeoisie. On peut penser à un bouleversement des codes. Elle a choisi la carte immersive pour les spectateurs, puisqu'ils sont assis autour de grandes tablées, aux côtés des comédiens pour créer une atmosphère plus véridique. 

Sur le plateau, en allée centrale, nous regardons défiler tous les profils possibles de marginaux, vivant ainsi par choix, ou suite à « des accidents de parcours ». Sébastien Lenthéric joue un transsexuel, personnage exhibant sa fragilité et affirmant sa clairvoyance brillante.

Julien Testard, doté d'un accent Belge, est saisissant dans son rôle de rustre en quête d'affection.

Le jeu de tous ces artistes est orchestré avec brio par les notes du groupe Anglais «  Tiger Lillies ». Comment ne pas céder au timbre de voix de Martyn Jacques et au charme désuet d'Adrian Stout... Ils nous entrainent dans une autre époque. Dans la période des cabarets des années trente, où le goût de la fête régnait, dans un fond de crise qui se dessinait. Le chantier des conflits à venir se tramait.

Dans cette salle des opéras fastueux, garnie de dorures et de velours, que faisons nous ? Nous sommes aveuglés par ce qu'on veut bien nous montrer ? Bien au chaud, pendant que d'autres se gèlent dehors ? Les comédiens, mes voisins de table, sont habillés comme dans un opéra de quatre sous, mais ils se frottent aux élus présents, aux paillettes, de certains, sorties pour l'occasion...C'est une sorte de secours populaire? Le terme "Soupe Pop" sonne tout à coup comme une marque d'Open Store.

Le public est malgré tout brassé, et c'est tout à l'honneur de la nouvelle directrice de l'opéra, Valérie Chevalier, qui offre une programmation ouverte sur de nouvelles formes de création.

Le piège de ces pièces immersives, est qu'elles nous positionnent là où elles le veulent bien. Nous sommes en représentation d'acteurs, mais à aucun moment la parole nous est donnée. Nous sommes tenus à distance dans une illusion de proximité.  Pour certains c'est  une façon d'être voyeur, détaché de son écran de télévision, qui déshumanise et banalise la conjoncture sociale actuelle.

Pendant ce spectacle, je me surprends à regarder le public autant que les artistes. Oui, le spectacle est partout. Mon voisin, la personne qui sert la soupe ou le café. Mon regard est partout, mais cet état me met mal à l'aise, car il donne l'impression de ne pas être au bon endroit et d'être figée, sans réelle réflexion. Dans un état de passivité, alors que cette situation appelle la pensée complexe.

Le lendemain, le hasard, si il y en a un, m'entraine découvrir le travail de la compagnie «  La Hurlante » pour « Je vous l'avais promis ».

Le spectateur quitte les théâtres pour se déplacer dans un appartement, lieu de plus en plus répandu, pour faire découvrir des petites formes de création.

C'est une pièce au processus immersif, mais  subtil, car nous sommes  absorbés au fur et à mesure par les acteurs. Ils nous rendent observateurs de l'intimité de Mathilde, une jeune femme isolée socialement, qu'une maladie immobilise chez elle. Nous rentrons dans son quotidien, ses coup de cafards, ses crises de nerfs. Puis son aide de vie rentre dans l'appartement...Pierre. Et tout va basculer. La promesse va dévoiler un engagement, une mise en scène qui pourrait être une mascarade. Mais il n'en ai rien. Ils vont nous prendre au piège de cette famille et nous introduire dans un événement affectif important. Le groupe de spectateurs, réduit à une douzaine de personnes, se retrouve tout à coup relié de façon complètement surprenante, et à jouer le jeu avec tendresse. Cette solitude, cette histoire familiale, ses doutes, ses souvenirs...résonnent en nous.

Nous sommes rebaptisés, en bouleversant les genres. Nous découvrons peu à peu qui est qui, dévoilé dans ce qu'il aurait pu être, dans un autre genre reconnu. Tu es, elle est, nous est un autre. Les membres de cette famille recomposée innovent dans leur composition d'acteurs, les yeux humides, sourire aux lèvres, les gestes doux et respectueux. 

Puis la fête se finit, pas d’applaudissement, les comédiens, Caroline Cano et Fred Munoz, nous raccompagnent sur le seuil de la porte. «  Au revoir, et à bientôt » Nous nous retrouvons dans le froid, un peu déstabilisés,  touchés. Ce travail a de la force dans son épure, et nous a mis en mouvement, physiquement et sur le plan de notre imaginaire et de nos émotions.

Nous avons envie de revoir les comédiens pour échanger, mais ils nous abandonnent. L'un part en courant après son tram. Son travail d'aide à domicile est fini, et nous imaginons qu'il fuit la schizophrénie de la situation...La réalité reprend le dessus.

Et Mathilde, nous l'imaginons dans sa robe à paillettes, entrain d'écouter sa radio préférée hurler.

Une tranche de vie s'est fermée. Une autre facette de la solitude et de la pauvreté sociale. Elle n'est pas seulement économique, mais aussi humaine.

Sylvie Lefrere

"Soupe Pop" de  Marie Eve Signeyrole à l'Opéra Comédie de Montpellier du 11 au 18/12/16

" Je vous l'avais promis" de la compagnie la Hurlante le 18/12/16 dans un appartement du  quartier des beaux arts à Montpellier.  le 13 janvier à Sumène 
et le 14 et 15 janvier à Montpellier. 

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 22:48

Un titre comme un rébus. La suite nous a entrainé bien au delà du simple souffle...

Dés les premières minutes, les rires des enfants sont audibles dans la bande son de la scène. Sur les sièges du théâtre, les enfants sont attentifs, balançant un peu les pieds contre les dossiers, le temps que leur corps s'apaise.

Le petit et le grand sont là, en être vivant et en ombre chinoise, reliés en un duo qui ne fait qu'un.

Dés les premières minutes, on goûte à la qualité de ces deux artistes : Fabien, danseur circassien d'une grande grâce, et Olivier, musicien, curieux boulimique de multiples sonorités.

Les scènes se succèdent comme des tableaux. Une finesse créative envahit le plateau. Nous sommes témoins de ces idées lumineuses. Les fils dansent et tournoient comme les manèges du 19ème siècle, mais déroulent toute leur modernité quand les couteaux, après avoir été carillons, deviennent des danseuses légèrement vêtues. Nous oscillons dans les pas de Fabien, qui se faufile, sans faute, au milieu de leur ballet mobile. Puis, il nous cloue sur place par la précision de leur chute. Il les met de côté, comme un cuisinier, qui prépare son plat par étape. Les danseuses au corps d'acier, reposent sur leur longue planche.

L'ombre de Phia Ménard plane quand il joue entre parapluie et sac en plastique. Mais nous quittons vite "l'après midi d'un foehn", pour rencontrer une méduse échevelée et un parapluie à la respiration reproductive. Elle sera propulsée par le souffle du voyage, métaphorisé par une valise. L'objet prend des formes de locomotive fumante, faisant des ronds de fumée de cigarette géante.

La créativité du cirque à l'ancienne apparaît dans la symphonie créée par le frottement des bords de verres. Un chant de Sirènes...Les enfants pourront rêver avant de devenir de simple buveurs.

Le spectacle est basé sur les notions du pas et du grandir. Les deux artistes, nous écartèlent de tous les côtés. Nous ouvrons nos yeux, nos oreilles toutes grandes. Nous observons la taille à rallonge de leurs bras, les rythmes de leurs doigts qui s'étirent.

L'équilibre entre petits et grands se joue sans cesse. Nous retenons notre souffle de peur qu'il ne tombe. Mais il tient et se lâche en tournoyant. D'un clin d'oeil enfantin «  moi, j'm'en balance... »

Les mobiles ouvragés, sortes de poissons scintillants, ou planètes dans leur halo, suivant l'intensité de la lumière, évoluent dans une tonalité Asiatique.

La fine planche des danseuses d'acier est soulevée par les épaules puissantes de Bastien, qui l' emmène vers d'autres traversées, petite pirogue qui accompagne ce voyage du grandir.

Sylvie Lefrere

https://vimeo.com/182910759

"" 24: 42" ou le souffle du mouflet" de la compagnie Blabla productions, au théâtre d'O du Domaine d'O, à Montpellier le 7, 10 et 11/12/16. Au Chai du Terral à St Jean de Védas le 13 et 14/12/16.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 02:01

Le 7 janvier 2015, nous étions Charlie.

Le 8 décembre 2016, nous découvrons l'univers de Charlie Bonallack, artiste Anglais, dont l'atelier est installé à la Friche. C'est une ancienne scierie. Quand elle a fermé, la propriétaire a voulu y accueillir des artistes. Charlie y est installé et nous présente cette semaine ses nouvelles créations.

Aujourd'hui, alors que la ville grouille de promeneurs, je préfère contourner ce paysage bouché, passer par des chemins de traverse jusqu'à l'exposition.

Charlie est un artiste peintre, qui fait un travail unique. Il peint ce qu'il voit sur des photos anciennes et les réinvente sur de fines plaques de céramique. Elles ne sont pas toutes planes. Elles peuvent avoir un angle qui remonte légèrement, elles peuvent s'appuyer l'une sur l'autre un peu comme le début d'une structure de château de cartes, elles peuvent être partiellement brisées. Elles peuvent être imparfaites.

Quand je suis arrivée, le lieu était d'un calme inespéré, après la  traversée difficile du centre ville en vélo, sillonnant entre les passants qui errent à la recherche de leurs objets de désir.

Mon désir, c'est là que j'ai pu le combler. J'ai été invitée à pénétrer dans la salle d'exposition, seule, et j'ai pu en profiter pleinement.

Je suis rentrée dans une salle noire, discrètement lumineuse. Un laboratoire de développement de photos ? Non, un laboratoire lumineux aquatique...L'éclairage se limite à de simples trios de petites torches au dessus de bassines remplies d'eau. Nous sommes en état d'immersion.

La musique s'est révélée et m'a lentement enveloppée. Un morceau de piano tourne en boucle, ponctué de son de vagues. Pourtant rien ne bouge. Seul mes pas sont en mouvements. Ils sont feutrés. Une envie d'être respectueuse, dans un silence religieux intime. Car l'univers de Charlie nous plonge dans notre propre histoire. Je tourne autour des pièces d'eau. Je suis aimantée par les petits faisceaux lumineux centrés sur les photos. Non, ce sont des peintures, mais aussi précises que des clichés. Curieuse, pour mieux regarder celles qui sont à fleur de l'eau, et les autres plus ou moins engloutis. Je m'accroupis et observe attentivement, plus près, fascinée par ce qui s'y révèle. Les oeuvres de Charlie attirent l'oeil. Elles excitent le nerf optique, qui se tend dans la pénombre, grotte utérine qui réveille des sentiments de déjà vu. "Cette femme, me ressemble". "Ce paysage, je le reconnais". "Cette plaque cassée en deux pourrait être mon grand père"...

Mon visage en s'approchant reçoit une éclaboussure, comme pour interrompre ma rêverie. Je regarde le plafond. Il est rempli de seaux d'eau percés. Des gouttes aléatoires tombent. Petite musique discrète, complémentarité qui ponctue la réflexion. Les ondes se reflètent au dessus de ma tête. C'est mon ciel et ses étoiles. Je me rêve une nouvelle fois sirène, baignant dans un univers aquatique lumineux. Un nouveau cycle... Je sens une autre goutte, mais cette fois ci c'est une larme. L'émotion me submerge.

Cette salle devient tout à coup un réceptacle épuré de l'histoire intime. Un peu la mienne, mêlée à celle de chers inconnus, disparus pour certains. Un antre qui donne de la visibilité à une forme de passé, tenu par un fil. Les fils tendus de la communication, ceux qui relient et font avancer.

L'eau, élément vital, est le moteur de ce cycle, qui circule avec parcimonie. La lumière guide notre regard et le rend plus perçant, comme celui d'un félin.

Charlie forge nos cristallins pour les rendre plus fins. Il peint notre moment présent. Il renforce notre sensation d'être. Le futur peut se voir dans la globalité de son œuvre. La mise en scène de son travail est non seulement esthétique, mais elle change nos positionnement de spectateurs : Nous tournons, prenons du recul, nous nous mettons à genoux, nous nous questionnons... Il nous met en dynamique physiquement et intellectuellement.

Dans cette atmosphère aux accents Japonisants, l'invitation à la méditation est palpable. Le trouble nous envahit...

Cette exposition nous met face à une œuvre complexe dans sa sobriété. Elle est dépouillée et nous dit tout à voix basse.

Sans un bruit, Charlie rentre dans la pièce et commence a développer sa passion. La pièce voisine, décorée en salon d'un autre temps, est remplie de ses travaux, imbriqués dans des supports variés en bois, en métal.

Dans un coin, une valise contient les photos originales. Je les regarde. Je les reconnais, mais je ne peux oublier les images qui flottaient quelques minutes auparavant. Elles n'ont pas coulé dans mes souvenirs. Elles restent imprégnées...pour longtemps. Elles restent ma vague créative.

Sylvie Lefrere

"LOOPdivers", exposition des travaux de  Charlie Bonallack à La Friche de Mimi à Montpellier du 8 au 15/12 de 14 à 18h.

 

 

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 09:32

 

Il y a quelques mois, nous étions venus, en fidèles, à trois soirées d'affilées, pour découvrir la vision de Markus Orhn du Nouveau Testament. Les différentes étapes s'étaient déroulées dans leurs outrances. Nous avions été assourdis par le son, embrumés par la fumée, secoués par des membres fracturés, quasi étouffés par la terre, pour finir accueillis, ou pas, sur le plateau pour partager un verre. Nous étions des spectateurs transformés en apôtres.

De nos jours, la religion est omniprésente, et pourtant des générations ont bien peu de références sur cette culture. Markus Orhn, nous donne à voir sur cette origine du monde pour interpréter différemment ce qui nous entoure. Nous quittons notre enveloppe de rejet vis à vis de cet ouvrage qu'est la bible.

Son processus de création nous positionne dans une succession de moments uniques, car les douze volets présentés sont joués une seule fois. Il prolongera ensuite le travail dans d'autres villes. A travers ces expériences éphémères, Il nous entraine dans un tout. Nous sommes reliés avec les spectateurs des autres pays où il se produira, observateurs qui vivent le présent, dans une cohérence accompagnée, et qui acceptent une part d'inconnu dans la perte.

Cette deuxième partie a commencé par une promenade en extérieur.

Eclairés par deux guides, nous avons cheminé entre forêt et asphalte. Le contexte de la première partie a été reposé par la présentation des différentes créations, des animaux, de l'homme, de la femme ...

Dans le froid de la nuit, nous nous sommes groupés en meute silencieuse, à l'état animal, l'odorat saturé par les effluves d'humus. Sous un halo de lumière pointé, recueillis, nous avons forcé notre regard de chasseurs pour rechercher les différents acteurs, le renard, la belette, le serpent, l'arbre de la connaissance...Dans cette écoute attentive, nous sommes revenus vers la vie sociale, à l'arrière du théâtre. Pour nous aider à déposer nos sens, un verre nous a été offert. Le liquide est venu hydrater et fluidifier nos perceptions de la matière présentée. Une pause nécessaire avant d'entrer dans le ventre vif de l'histoire.

Les codes sont bouleversés. Le spectacle commence dehors, puis nous pénétrons dedans à l'arrière du plateau. Markus Orhn renouvelle notre positionnement de spectateurs.

Le noir nous accueille, debout, derrière une corde. Nous respirons une nouvelle odeur. Elle est forte. Inconnue, elle réveille un connu primaire. Celui de la chair morte. La limite tombe et nous pénétrons en toute liberté. Observateurs, voyeurs, acteurs. Nous sommes dans un espace dépouillé, mais qui pourtant nous remplit. A nouveau tous nos sens sont sollicités, accentuant ce réveil nécessaire. Une clarté blanche nous aveugle pour aiguiser la finesse de notre regard, pour une meilleure visibilité pour la suite. Nous retrouvons les sonorités d'une langue inconnue qui claque dans le micro, mêlée au souffle d'un supplicié silencieux sous le fouet ou le scalpel. Performance unique, sur le corps sans genre précis, homme/femme. Seul le cuir noir gaine sa chair en seconde peau.

Nous sommes témoins de scènes en direct et à l'image. Perméables à ce qui se déroule sous nos yeux et dans une distance zoomée à l'écran.

Le monstrueux devient sens esthétique. Nous nous fondons dans cet univers qui nous aspire.

La mécanique du metteur en scène est diabolique. Nous prenons conscience que le champ où il nous entraine épouse notre histoire. D'hier, d'aujourd'hui et tente dans l'avenir de nous donner de l'énergie pour demain. C'est l'enfer autour de nous et pourtant... ce soir, il nous laisse seul pour imaginer la suite, car il repart continuer sa création sur d'autres territoires.

Il nous offre une matière dense. A nous de l'intégrer, de la façonner et de tenter de la créer.

Nous  sortons de nos guerres fratricides, et réalisons que "la bête" n'est jamais morte. Sa carcasse est déposée, linceul, sur les corps encore fumants. Les ailes des anges ouvrent la découverte de la tour de Babel qui devient entre ses mains un échafaudage chaotique, construit malgré tout, mais fragilisé par la force du collectif. 

La scène s'étire jusque derrière la régie, où est posté un groupe de magiciens fantomatiques, maquillés à l'image des acteurs performers.  Sont ils les vampires de nos âmes?

Nous sortons pales, déboussolés, dans l'impossibilité de nous quitter. Nous avons besoin de parler de ce dont nous venons d'être témoins. Presque un désir de refaire le monde...

Markus Orhn a eu cette capacité de nous rassembler à chaque instant. Sa démarche artistique est  diablement complexe, bouleversante, innovante, puissante. C'est de ce type de création dont nous avons besoin. Sa complexité nous met en mouvement.

Sylvie Lefrere

"To walk  the infernal fields" de Markus Ohrn le 3 decembre 2016 au CDN HTH à Montpellier.

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 00:36

Cette première semaine de novembre reflète un grand bouleversement.

Les spectacles nous aident à ressentir autrement ce que nous parcourons.

« Rendez vous gare de l'Est », joué sous le chapiteau de Sortie Ouest, s'est révélé un départ d' écriture, sur la lisière de la folie, proche de la situation que vit la structure. Girouette à regarder dans toutes les directions sans savoir quelle issue trouver.

La comédienne, est seule sur le plateau, assise sur une chaise en bois et en métal, identique à celle qui nous supportait à l'école. Ce matériel a quasiment disparu, au profit du plastique moulé sur lequel nous transpirons, quelque soit la saison. L'époque est moite. Elle nous file entre les doigts.

Emilie Incerti Formentini incarne « madame tout le monde », notre voisine, la caissière du supermarché, l'employée de la poste... Sa vie se déroule de façon assez banale, ses relations avec ses proches, sa petite sœur, sa mère, son petit ami. Puis insidieusement, comme une fracture de fatigue, le trouble émerge de son flot de paroles, saccadées, sans laisser passer une respiration. Nous ressentons l'addiction aux calmants, ce compagnon toxique pluri-quotidien, celui qui lui fait perdre pied avec la réalité et qui transforme en être décalé, en horloge molle.

Nous, spectateurs, sommes témoins de cette lente descente aux enfers, suspendus à son moindre mouvement. Son profil laissé fixe quelques minutes, nous laisse des espaces. Nous y faisons une pause, après une longue apnée. Nous sommes les plongeurs explorateurs de sa vie intime. Nous la voyons lentement tanguer entre ses émotions, avoir des bouffées de questionnements, et chavirer dans ses délires. Cette folie, elle nous ressemble un peu.

Quelques jours plus tard, ce sont «  Les grandes Bouches » de Luc Sabot qui s'adressent à nous.

La musique rythme, tout au long du spectacle, les mots et les portraits des différents personnages. Caricatures de nos écrans, des hommes de pouvoir. La figure du sportif métaphorise ce culte du corps, mêlé au désir de compétition. Où est l'expression des penseurs dans cette société superficielle, envahie par des représentations de héros clinquants  et grossiers?

La silhouette du comédien est celle du chef d' orchestre, homme froid et implacable. Les riffs de guitare et le roulement du tambour sont à l'image de l'énergie des citoyens qui vivent dans cet environnement hostile. Le compte à rebours semble être lancé.

En fin de semaine, entre les notions de perte et d'incongruité de notre actualité, Patrice Barthes nous a entrainé vers un nouvel épisode du projet «  Territoire en mouvements », en nous faisant parcourir les ruelles du village de Murviel les Montpellier.

Le niveau de la mer de Villeneuve les Maguelone, précédent village, a été dépassé, pour suivre le fil de l'eau entre les bassins Romains. Nous n'étions plus de vulgaires Gaulois, mais des randonneurs aux sens aiguisés. Ces visites où l'oreille est accompagnée, le regard ouvert et le corps en mouvements, dans les différents villages de la Métropole, est un excellent moyen de sensibiliser les habitants, les visiteurs, à leur environnement. Ce parcours est créatif, historique, esthétique, artistique. Les mots, croisés avec la musique, pulsent nos pas dans ce cadre inconnu ou re connu, changent nos perceptions et nous rendent acteurs dans l'espace urbain. De nos jours, la nécessité de se véhiculer en étant à l'écoute, sensible à son cadre de vie, au beau, curieux, en lien avec les autres, déterminant.

Ces propositions artistiques sont notre chambre d'écho. La Colonie Espagnole en a été la preuve hier soir une nouvelle fois. Nous étions tous réunis spectateurs, artistes, acteurs du paysage culturel, à clamer nos valeurs pour cette région, avec un désir irrépressible de rester engagés autour de projets de qualité, comme ceux présentés à Sortie Ouest. Un lieu unique qui accueille largement  et chaleureusement les jeunes sous ses chapiteaux, les amateurs d'art sous toutes ses formes, théâtre international offert par Pippo Delbono ou Kristian Luppa, cirque, concerts de tous les horizons, du jazz à la musique actuelle, rencontres littéraire. Les élèves des lycées des environs puisent sur cette ressource pour s'enrichir et avoir le goût d'apprendre. Ils viennent avec leurs enseignants ou avec l'adulte de leur choix, pour une somme modique. Pas de politique d'abonnements qui prime, juste le plaisir d'accueillir un public sans cesse renouvelé.

Mais la loi NOTRE et les guerres de clochers cherchent à démonter la structure. Tout est politique, mais malheureusement ne tire pas vers le haut.

Il y a urgence, pour élever le niveau du débat et présenter aux décideurs les lignes artistiques dont les électeurs ont besoin. Car oui, pénétrer dans un lieu comme Sortie Ouest est un privilège, un bien précieux à conserver, sans souci d'élitisme, « Un AOC », Association originale culturelle , idée exprimée par un spectateur présent lors du débat. 

Il est l'heure d'écrire clairement le projet souhaité par tous ces amateurs d'art, petits et grands, force vive des habitants qui désirent une politique locale engagée et créative, où l'éducation populaire trouve toute sa place sans être « old school ». La société a besoin de ces socles pour s'épanouir et s'élever, autant que pour la santé et la justice.

Pourrons nous un jour nous éloigner de l'intérêt économique exclusif et atteindre une conscience d'investissement tout autre... ? Dans des valeurs d'avenir et des dimensions de préoccupations humaines tournées vers les citoyens ?

Cette réunion reflète comment un collectif de passionnés peut se former très vite. Après cette prise de conscience, il y a urgence, car le 1er janvier les cartes vont changées. Donc il faut agir maintenant . Si les décisionnaires font la politique de l'autruche dans le dénis, tout reste à inventer avec le nombre de personnes qui se sont mobilisés dans le local de la colonie Espagnol, lieu représentatif des échanges pluri culturels.

Sylvie Lefrere

" Rendez vous gare de l'Est" de Guillaume Vincent à Sortie Ouest à Béziers le ç et 10 novembre 2016. http://www.sortieouest.fr/saison/spectacle/theatre/rendez-vous-gare-de-l-est.html

" Les grandes bouches" de Luc Sabot au Chai du Terral à Saint jean de Védas le 1o novembre 2016. http://www.chaiduterral.com/1617lesgrandesbouches

" Territoire en mouvements" de Patrice Barthes. 1é novembre 2016. http://www.latelline.org/agenda/territoire-en-mouvements/

 

 

 

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 00:10

Après son actualité tumultueuse, le Domaine d'O a ouvert sa saison musicale par une belle surprise.

Cédric Laronche, s'est extrait des nuits du Chat. Il nous a emmené sur les toits brulants des poèmes de Guy de Maupassant. "Bel Ami" a été remplacé par l'ombre des ébats de "la femme à barbe", jusqu'à  "fin d'amour"... L'humour décomplexé de ce jeune chanteur Montpellierain a été une parfaite passerelle pour rentrer dans l'univers de Georges Brassens, où nous a invité  Alexis HK.

Ce soir, nous étions tous « des Georges » dans la bouche de ce charmant quarantenaire. Depuis » C 'que t' es belle quand j'ai bu », ce chanteur a gagné en verve mature. Il a su du bout des doigts attendrir les cordes de sa guitare, et moderniser la musique de Brassens, grâce à son contrebassiste, Simon Mary, digne descendant de Pierre Nicolas, et de son guitariste, l'excellent Loïc Molineri. Nous sommes passés du Jazz Manouche aux mélodies Hawaïennes, entre les notes familières de l'homme à la pipe.

Chaque chanson résonne. Nous les connaissons par cœur et le public exprime sa joie en interactions. Les spectateurs de cette soirée ne sont pas ceux qui restent derrière leur petit écran, pour regarder les séries en streaming. Ils sont acteurs vivants.

La chanson «  Les religieuses » éclate dans la dénonciation des exactions de l'éducation catholique et de ses coups bas. Je l'entends à cet instant précis comme jamais.

François Morel a apporté sa patte, dans la mise en scène, par  une touche d'anecdotes croustillantes. Nous sommes des " Vieunes" tout à coup. Mi vieux, mi jeunes.

Alexis nous a caressé de son regard rieur, nous a enveloppé de sa voix chaude. Nous avons envie d'être au plus près de lui, sur son fauteuil Récamier rouge, et de fermer les yeux... Pour mieux l'écouter. Nous sommes dans le bain de notre enfance, tout en ayant un pied dans la société d'aujourd'hui. 

Nous aurons voyagé avec lui, des cheminées de fées de Mourèze jusqu'à Sète, en passant par Montpellier, là où «  il aime regarder les filles ».

Monsieur, vous pouvez revenir quand vous voulez ! Car grâce à vous, nous avons oublié un instant que le théâtre Jean Claude Carrière, du domaine d'O, était menacé...

La qualité d'un spectacle, c'est de nous faire rêver d'un monde meilleur "... chaque instant, comme dernier présent, quand je sens la peur, de l'heure de s'enfuir ..."

https://www.youtube.com/watch?v=mHncfobuhxk

http://www.deezer.com/album/11211584

Sylvie Lefrere

Alexis HK " Georges et moi", avec en première partie Cedric Laronche, au Domaine d'O le 28 octobre 2016, à Montpellier.

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 00:09

 

Okada, un nom qui résonne dans la boite crânienne, après le claquement de la langue contre le palais. Il ouvre sur un huis clos dans une chambre, qui pourrait être le sas de décompression de la centrale de Fukushima. Champ des relations intimes après un cataclysme, où se mêlent passés, présents, futurs. La temporalité est suspendue et notre attention y navigue, entre des volutes de fumée invisible.

Les personnages de cette triade nous paraissent bien sages. Leurs gestes habillent leurs paroles. Nous suivons leurs mouvements de mains, la fragilité fluide des notes sur une partition. Elles nous collent à la peau.

La grâce de la jeune femme disparue agit jusqu'au bout de ses doigts. Sans pointer l'index, elle nous questionne sans cesse. Elle plane en  âme bienveillante. Actrice du passé, réflexion de l'instant, et présence constante dans le futur. Elle est une effluve aérienne de radio activité qui nous pénètre à notre insu. Elle n'est pas un fantôme car elle n'effraie pas, bien au contraire, elle attire comme une sirène. Son corps reste volatile et brillant. Elle irradie par la force de sa présence de l'absence.

Face à elle, un jeune homme représenté dans toute sa faiblesse. Il exprime  sa timidité à travers des gestes imperceptibles. Il est l'enfant qui balance des pieds, assis sur sa chaise. Il est celui qui triture son pantalon. Il est celui qui n'ose pas. Il pourrait être le gardien du  secret de la catastrophe naturelle, qui diffuse en nappe sur celui de la complexité de la nature humaine.

Ils sont " les enfants héritages de notre futur"...séisme et explosion d'un site nucléaire, à l'image du monde d'aujourd'hui.

Le troisième personnage de la triade reste à distance. Il est la présence dans la permanence. Trait du caractère Japonais. Celle qui parle peu. Elle est là, c'est tout. 

Le temps posé est lent. Les questions tournoient autour des souvenirs. Après un accident, toutes les scènes reviennent en salves, les mémoires se fragmentent. Ce cataclysme est proche de la force d'un amour qui prend fin brutalement. Tout revient en feed-back, dans un flots de questions. Comment avancer après, pétrit de ce passé? Comment apprécier de survivre dans un présent? Comment aborder l'avenir?

La solitude les enveloppe tous les trois. Ils sont prisonniers de leur état.

L'une isolée dans sa disparition, pourrait ressembler à l'ange dans " Les ailes du désir" de Wim Wenders. 

Le garçon, seul, recherche une présence pour combler un vide, fait de société.

La troisième, la jeune femme, seule, rentre passivement dans la rencontre, plus curieuse de l'autre que dans le désir. Elle ressemble à ces enfants dans les contes qui poussent une porte, sans avoir conscience de ce qu'il y a derrière.

Toshiki Okada a fait vibrer le public  ce soir. L'écoute était intense, les toux étaient suspendues, les rires s'étaient tus. " Okada, Okada", frappe comme la musique du sang qui bat dans nos tempes et alimentent nos esprits. Quelques lumières  éclairent nos réflexions, le bruit de l'eau nous irriguent, un voile nous insuffle de l'air.

Nous sortons dans un état particulier, éjectés d'un caisson hyperbare, pour se remettre de l'asphyxie générale post traumatique, quelle qu'elle soit. Grâce à ce théâtre, nos pensées restent actives et nous continuons longtemps notre cheminement. C'est un théâtre thérapeutique qui rend le drame vivant.

Sylvie Lefrere

"Time’s Journey Through a Room" deToshiki Okada à HTH, scène dramatique nationale de Montpellier, le 18 et 19/10/16.

 

 

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 22:04
Mouvements sur la ville

Par un bel après midi ensoleillé, pourquoi aller s'enfermer dans un théâtre pendant 3heures? C'est pourtant la proposition faite ce dimanche par la compagnie Primesautier Théâtre.

Elle a été invitée, par le théâtre Jean Vilar à créer, dans le quartier de la Mosson, une expérience immersive et documentaire sur le territoire en lien avec les habitants.

Pendant un an, Antoine Wellens, Virgile Simon, Julie Minck, ont fait un travail de fond en allant à leur rencontre, ainsi que celles des associations de quartier. Ils ont ouvert cette recherche en partant du texte de Richard Hoggart « La culture du pauvre », description des quartiers populaires dans les années 50.

Pour l'actualiser dans notre présent, il se font accompagner par un sociologue, Jean Constence. La matière est modelée par la plasticienne Hélène Sorin, la vision est ouverte par la photographe Fabienne Augié, l'habillage sonore est confié à Mikael Gaudé. Sans le durée engagée, ce travail d'équipe n'aurait pas pu atteindre son objectif. C'est un point essentiel dans la création et la qualité rendue au spectateur.

Aujourd'hui c'est la présentation de ce processus créatif interactif. La salle est remplie de personnes de tout âges et de toute la ville. Certains venus dans le quartier pour la première fois. Des jeunes filles voilées sont également présentes. L'ouverture du lieu sur le public de proximité et celui du centre, souvent paresseux quand il s'agit de quitter ses habitudes, semble s'amorcer après 2 ans de travail du directeur Frantz Delplanque et de son équipe.

La forme artistique proposée est complète et diversifiée car elle mêle plusieurs niveaux de réception.

Nous sommes spectateurs dans la salle à suivre leurs questionnements, en suivant le jeu des acteurs de terrain et des comédiens. Ils se fondent dans leurs expressions et portent haut les traces des travaux d'écriture. Nous sommes auditeurs attentifs à travers ces tranches de vie connues ou pas, imaginées ou découvertes.

Témoins sur nos sièges de ces expériences recueillies, nous sommes invités à nous déplacer régulièrement pour découvrir d'autres scènes d'observation de cette création. Par groupes de quinze personnes environ, nous découvrons les locaux associatifs, les centre sociaux, la médiathèque et nous récoltons des informations sur l'accompagnement proposé aux habitants du quartier, des transports aux écrivains publics, des expressions sur le vécu diurne et nocturne des jeunes avec toute sa véracité.

Les émotions enfouies se dévoilent, les souvenirs, les objets intimes, les témoignages d'animateurs de rue. Notre regard, sur ce territoire lointain et ses habitants du Nord de la ville, s'affine.

Fabienne, photographe a été chez des personnes pour les questionner et saisir les images de leur univers, les éléments de leur quotidien ou de leur passé. Chaque question mériterait une exposition à elle toute seule. Le sujet est dense et soulève de multiples questions. En la suivant, on a envie d'en savoir plus, entre esthétique et expression, elle dégage le dessous d'un iceberg.

Dans cette entrée dans l'automne, cette forme artistique interactive a mis une véritable chaleur conviviale. Elle pose et soulève tous les sujets d'actualité de la société d'aujourd'hui dans son état. Elle offre des faits, des pistes de réflexions, un patrimoine à transmettre. Nous sortons du regard médiatique, si facilement manipulateur, pour rentrer dans le vif du quotidien de ce quartier nommé "difficile".

J'entends des jeunes filles qui habitent à la Mosson, qui regrettent qu'il n' y ait pas plus de personnes du secteur pour entendre ce qui est "joué", qui est "dit". Elles souhaitent que chacun y retrouvent les éléments dynamiques et positifs. Elles même sont investies dans un projet de foot féminin qui a joué dans plusieurs ville d'Europe.

Ce quartier, anciennement appelé La Paillade, se découpe entre béton, parc et cours d'eau, La Mosson. Voilà pourquoi le quartier a été rebaptisé. Pour que ce soit " plus joli". Mais nous découvrons tous un territoire inconnu, car hormis les habitants du quartier, qui vient se promener içi? Pourtant, fut un temps, Sophie Desmarets habitait le Mas de La Paillade, là où se situe l'actuel théâtre Jean Vilar, et tout le Parisianisme mondain s'y pressait.

La proposition artistique " Le principe du truc" nous apporte tout "un tas de choses"...

Autour de pauses goûter, c'est le prétexte pour échanger sur différents sujets, sur les représentations de la culture et des lieux d'art, le quotidien içi et en dehors. C'est l'expression du désir d'envisager l'investissement des espaces publics, le marché, ou le petit centre commercial, pour aller cueillir l'écoute des spectateurs/ acteurs de terrain, là où ils sont . C'est le débat pour se donner les moyens de décloisonner l'institution du théâtre municipal où tout le monde ne s'autorise pas à rentrer.

Nous avons croisé, sur nos cheminements des spectateurs, toutes les générations: Les personnes âgées fidèles abonnées du club de l'âge d'or, les enfants précieux traducteurs de leur mère, une vieille femme qui a une mémoire "en or" de ses souvenirs d'enfant sur le trajet de l'école, le monologue d'une jeune femme qui pose sans tabou la question du religieux et de sa croissance...Toutes ces perceptions et ces anecdotes de la conception de la vie à l'époque, ou de nos jours, ne sont pas si éloignées de celles vécues, entre les mariages arrangés, les préférences des pères pour leur fils...

Nous sommes spectateurs, acteurs de nos choix. Suivre ou non les personnes qui partent en petits groupes, ou rester dans la salle de spectacle, en sachant que où que nous soyons nous raterons des scènes, mais nous le vivons sans frustration car le hasard ou l'impulsion qui se dessine devant nous construisent notre parcours, un peu comme dans l'avancée d'une vie.

Les petites lumières du final nous invitent au recueillement et laissent augurer d'autres moments comme celui ci, qui permettent à chacun d'alimenter sa curiosité sur son environnement et découvrir sans a priori les habitants des quartiers qui vivent parfois trop enfermés dans leur réputation.

Un spectacle qui est un geste collectif artistique de société, articulation dans une ville qui pourrait mettre en lien ses habitants pour mieux imaginer et construire le bien vivre ensemble. Dans ces actualités tumultueuses, des moyens pour ne pas vivre replié sur soi, avec des peurs qui verrouillent toutes pensées.

Par ce dimanche ensoleillé nous étions tous réunis dans un même rayonnement "Pailladins".

Sylvie Lefrere

" Le principe du truc" de la compagnie Primesautier au théâtre municipal Jean Vilar le 8 et 9 octobre 2016

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 10:53
Vous avez dit comment?

L'Ama-Pop, ne sonne pas comme une nouvelle abréviation opaque. C'est un concept de notre temps qui signe liberté, partages, créations, diversité des territoires, engagement des spectateurs et des artistes: " Association pour le maintien de l'artiste populaire"

Depuis quelques années nous sommes témoins de la floraison des AMAP, association pour le maintien d'une agriculture paysanne, qui nous permet de consommer des fruits et des légumes de façon solidaire en lien avec l'agriculture de proximité, limitant le trajet de la chaine alimentaire et en participant, suivant le temps disponible de chacun, à divers travaux à la ferme.

L'idée qui a germé dans la tête de Paul Marie Plaideau est dans le même principe. En la transposant dans le milieu culturel. L'artiste, la compagnie de théâtre, partagent les même préoccupations que l'agriculteur. Essayer de garder ses valeurs, tout en protégeant un savoir faire sans se faire broyer par le milieu industriel. Car oui, l'industrie culturelle existe et ne laisse plus la part belle à la création aujourd'hui.

L'Ama-Pop peut offrir des formes artistiques soutenues par les spectateurs, qui s'engagent à leurs côtés. Les lieux peuvent être divers : entrepôt, jardin, tout espace qui propose d'accueillir une soirée. Créant ainsi proximité et convivialité, sans réseau imperméable « d'experts ». Le spectateur n'est pas considéré comme consommateur, mais comme acteur. Il est adhérent et ,avec les initiateurs et les artistes, au cœur du projet.

Le 8 octobre 2016, L'entre2pots, lieu associatif Sètois, a été le premier lieu d'accueil pour l'inauguration de l'Ama-Pop. Pas de politique présent, pas de protocole, mais l'envie d'être là pour ce premier événement. La soirée était construite autour de la poésie et l'engagement féminin. Les artistes femmes dominent la soirée, ce qui est rare. Une forme de parité inversée, dans la lignée des Matrimoines.

Les textes sont crus, sensibles, mélancoliques, en légers mouvements dans leurs cordes vocales tendues. Le son de la guitare n'est qu'enveloppe de leur timbre de voix pour nous faire voyager vers de nouveaux destinataires.

Après la conférence qui a introduit la soirée, afin de poser les valeurs du projet à chaque spectateur présent, Myriam et caetera s'est tenue dans sa petite robe noire pour nous envoyer les flèches de ses mots. Elle dégage une grande force sur la scène épurée.

Nous avons ensuite quitté cet espace central pour nous rassembler dans un petit coin, regroupés de façon plus intime. Anna P. nous a dévoilé son portrait, son selfie, cash sans égocentrisme superficiel d'une simple image surjouée. L' ombre sur le mur l'a rendue géante. Ombre chinoise ou théâtre d'ombres Japonais ? Elle est tout à la fois dans cette finesse asiatique. Anna est une grande. Toute jeune mais avec un énorme potentiel. Sa voix de fée nous a soulevé d'émotion. Sa grâce juvénile est là dans ses mimiques spontanées et ses textes, petit journal d'une adulescente qui cherche le sens de sa vie, où chacun, quelque soit son âge, se retrouve.

Elle a suspendu le temps pendant sa trop brève intervention.

Nous avons à peine bougé pour retrouver l'artiste suivante : Nadège Prugnard a investi le même lieu, en le nommant « Un petit coin de paradis »

Son texte « Alcool », elle nous le déroule en nous laissant face à notre imagination. Elle est de dos. C'est son corps qui parle sans avoir la force de nous ouvrir les traits de son visage. Nous sommes des spectateurs attentifs aux moindre mouvements d'une de ses omoplates ou du pan de robe rouge qui apparaît dans le pli de son imperméable. Elle devient étendard du sexe féminin, en lutte, blessée, mais toujours debout. Nous devinons ces yeux remplis de désespoir, en quête d'un dernier verre. Nous touchons ces joues bouffies nourries par tant de mal amour.

En 45 mn nous suivons les piétinements de ses escarpins rouges. Mais elle nous fait avancer. Son histoire nous l'avons tous croisé dans un bar, sans jamais oser la questionner. Elle est femme forte en gueule et fragile dans son esthétisme. Elle est digne d'un personnage de cinéma Italien réaliste, Anna Magnani dans "Mama Roma", ou une des actrices de Fellini. Quoi qu'il arrive, elle est là, vibrante de vivacité.

Elle inverse les codes jusqu'au bout et à la fin elle se tourne pour nous saluer, pour remercier notre présence, et en dressant son beau visage d'artiste noyé de maquillage fatigué, elle souffle vers Paul Marie Plaideau, Lena, et son équipe, telle une bonne fée, des encouragements pour la belle initiative de cette Ama-Pop, qui dans "cette période trouble nous laisse entrevoir une brise d'Utopie".

L'entre2pot est devenu en quelques heures notre forêt enchantée d'un soir. " On dirait le Sud" ( nom de l'association de l'Amap-Pop)

Emma Ndobo a clôturé la programmation, nous menant doucement dans sa voix chaude vers la fin de la nuit.

Après la naissance de cette coopérative égalitaire et socialement responsable, nous sommes prêts, nomades, pour suivre d'autres soirées comme celle ci dans des marques de liberté, de partages, de créations, de diversités et d'engagements.

Sylvie Lefrere

Première soirée de l'AmaPop à l'entre2pots, à Sète, le 8.10.16

https://www.helloasso.com/associations/on-dirait-le-sud/collectes/lancement-de-l-ama-pop-cooperative-reseau-de-spect-acteurs-nomades-et-libres-3

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